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Monument Pershing - Lafayette

Monument Pershing - Lafayette

Avenue des États-Unis, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

Perché sur les hauteurs de Versailles, offrant un certain panache à l'entrée de la ville, le monument Pershing-Lafayette se révèle être un témoignage quelque peu singulier de l'amitié franco-américaine. Érigé en 1937, sous l'égide de Jacques Carlu, un architecte dont la carrière fut marquée par une certaine retenue classique mâtinée de modernité – il signera plus tard le Palais de Chaillot – cet édifice se présentait dès son inauguration comme une promesse à moitié tenue. La composition est d'une simplicité quasi didactique : deux massifs de béton brut, des piédestaux, se font face de part et d'autre de l'avenue des États-Unis. Une disposition axiale, certes, qui cherche à encadrer le passage, à marquer un seuil symbolique. Ces socles, destinés à accueillir les effigies équestres des généraux Pershing et Lafayette, sont eux-mêmes l'expression d'une architecture commémorative des années trente, solide, dénuée d'ornementation superflue, misant sur la masse et le geste. Le béton, matériau emblématique de l'époque, confère à l'ensemble une gravité certaine, une impression de pérennité que l'histoire, curieusement, a mise à l'épreuve. Car le destin de ce monument fut longtemps celui de l'inachevé. Inauguré en grande pompe, en présence même du général Pershing, il souffrait déjà d'une lacune manifeste : les statues définitives manquaient. Celles de Joachim Costa, réalisées en plâtre pour l'occasion, furent déposées dès 1941, victimes d'une dégradation précoce. Imaginez la scène : un mémorial dédié à des héros, mais qui pendant des décennies ne présentait que des bases vides, ou des substituts éphémères. C'est une étrange ironie pour un ouvrage dont la vocation est précisément de sceller la mémoire dans le temps. Un compromis financier, sans doute, qui transforma un projet ambitieux en une œuvre à l'attente prolongée. Pendant près de quatre-vingts ans, ce fut un monument sans ses icônes, un hommage en suspens. Ce n'est qu'en 2017 que la patiente ténacité d'une association locale, soutenue par de généreux mécènes, permit de rectifier cette anomalie historique. Les bronzes tant attendus de Pershing et Lafayette furent enfin mis en place, conférant à la composition sa pleine dignité mémorielle. Désormais complet, l'ensemble, avec son esplanade et son pourtour arboré, a été justement inscrit au titre des monuments historiques en 2007. Il incarne, avec une certaine pudeur tardive, l'alliance transatlantique forgée dans les tourments de l'histoire, offrant aux visiteurs de Versailles une méditation sur la persévérance des symboles et la lenteur parfois déroutante des projets humains.