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Hôtel de ville

Hôtel de ville

Place de l'Hôtel-de-Ville, Courbevoie

L'Envolée de l'Architecte

L'édification d'un hôtel de ville, en France, revêtit souvent, au cours du Second Empire, une importance symbolique particulière, manifestant la puissance réaffirmée de l'État centralisé à l'échelle locale. Celui de Courbevoie, érigé en 1858 sous la houlette de Paul-Eugène Lequeux, s'inscrit précisément dans cette typologie. Lequeux, dont l'œuvre, sans être monumentale, témoigne d'une maîtrise académique certaine, a conçu un édifice dont la façade, probablement d'inspiration néoclassique assagie, devait exprimer une dignité républicaine empreinte de gravité. Louis Nicolas Adolphe Megret, sculpteur attitré de nombreuses commandes publiques de l'époque, a paré l'extérieur de ses ornements, sans doute des allégories convenues sur le civisme ou la prospérité, et l'intérieur de décors dont la fonction était moins d'émerveiller que d'asseoir la respectabilité de l'institution municipale. L'ensemble, typique de son époque, répondait à un programme fonctionnel clair : un rez-de-chaussée pour l'accueil et les services, des étages nobles pour les bureaux et la salle du conseil. L'équilibre des pleins et des vides, la régularité des percements, l'usage probable de la pierre de taille pour la pérennité, tout concourait à affirmer une solidité, une permanence. Il n'est pas question ici d'une audace formelle, mais d'une application rigoureuse des canons esthétiques alors en vigueur pour la représentation du pouvoir local, un compromis élégant entre l'ostentation et la parcimonie budgétaire. Plus singulier est le choix d'Alexandre Séon pour la salle des mariages. Peintre symboliste, dont les œuvres échappaient souvent au didactisme direct pour explorer des paysages intérieurs ou des figures allégoriques éthérées, il est curieux d'imaginer l'atmosphère qu'il a pu conférer à cet espace de l'union civile. Loin des scènes historiques ou des paysages édifiants traditionnels, ses compositions devaient offrir une touche d'onirisme ou de mysticisme discret, une contemplation peut-être plus intime pour les futurs époux, s'éloignant des représentations plus prosaïques du bon citoyen. Un choix audacieux, ou du moins inattendu pour un tel lieu, soulignant une certaine velléité d'originalité au-delà de l'orthodoxie administrative de son temps. Puis vint 1983. L'expansion urbaine et l'augmentation des prérogatives municipales imposèrent, avec une logique implacable et dénuée de lyrisme, la construction d'un « nouveau bâtiment » adjacent. Le laconisme de la description — « à côté de l’ancienne mairie » — est éloquent. Il suggère un édifice d'une autre nature, répondant aux impératifs d'efficacité et de rationalité fonctionnelle, probablement conçu dans un style moderniste tardif ou post-moderne, sans l'ambition monumentale ou l'ornementation allégorique de son aîné. La cohabitation de ces deux entités marque une rupture franche : d'un côté, l'édifice qui incarnait la « Mairie » dans sa dignité symbolique ; de l'autre, le « bâtiment administratif » où s'exerce la bureaucratie quotidienne. Le passage du faste civique à la pragmatique fonctionnalité, sans que le nom de l'architecte du second ne soit même jugé digne de mention, illustre à merveille l'évolution des priorités esthétiques et budgétaires en matière de commande publique. L'ancienne mairie, ayant survécu à son destin purement administratif, continue d'accueillir mariages et événements culturels, conservant ainsi une part de son rôle social et symbolique, même si sa fonction première a été diluée. Elle demeure un témoignage architectural des ambitions locales du Second Empire, tandis que sa voisine plus récente témoigne des réalités administratives de la fin du XXe siècle, un contraste frappant sur l'idée que l'on se fait du pouvoir municipal et de son expression architecturale.