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Immeuble, siège du Cercle Phylosophique et Culturel

Immeuble, siège du Cercle Phylosophique et Culturel

2 rue Thiers, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice du 2, rue Thiers à Lille, se manifeste comme une superposition discrète, presque retenue, d'intentions architecturales distinctes. Loin de l'ostentation habituelle de certaines fondations de son époque, il adapte deux structures préexistantes, démarche souvent dictée par des considérations pragmatiques plus que par un désir de synthèse formelle. Acquis par la société immobilière Voltaire, puis par Léon Arquembourg, il fut remanié à l'aube du premier conflit mondial par Albert Baert, architecte lui-même initié, ce qui confère à cette métamorphose une dimension d'appropriation intérieure. La façade de briques rouges, sur rue, offre un contraste éloquent. À droite, subsistent les vestiges de l'habitation particulière d'origine, datant de 1880, avec une certaine dignité. À gauche, l'intervention de Baert se révèle par une composition plus affirmée : quatre colonnes d'ordre dorique, élégamment posées sur un soubassement de pierre bleue, soutiennent une architrave qui s'ouvre en cinq arcatures, délimitant une loggia. Ce jeu de plein et de vide confère une certaine profondeur, une invitation visuelle, sans jamais rompre totalement la continuité urbaine. Le bas-relief qui la surmonte est le point focal de cette composition extérieure, un condensé symbolique à la figuration dense. Le sphinx, la pyramide, le soleil rayonnant et cette figure féminine portant un miroir ne sont pas de simples ornements ; ils constituent un lexique d'éléments puisés dans un registre antique, dont l'interprétation relève de la connaissance spécifique du lieu et de sa vocation. C'est une façade qui dissimule autant qu'elle révèle, annonçant sans expliciter. L'accès à l'intérieur, après les vicissitudes historiques — l'édifice ayant connu les saisies et les dépouillements successifs des deux guerres mondiales, avec l'humiliation de voir ses biens dispersés et rachetés pièce par pièce dans les salles des ventes —, mène à une spatialité où le caractère symbolique prend une tout autre ampleur. Les grands escaliers de bois, après un passage par des espaces plus profanes comme le bar, conduisent aux deux temples, le 'petit' et le 'Charles Debierre'. C'est ici que l'empreinte égyptienne, si allusive en extérieur, se déploie avec une richesse remarquable. Les six paires de demi-colonnes lotiformes, la couronne hathorique, les fleurs de lotus soutenant le disque lunaire sur les portes, les plateaux des officiers conçus comme des temples miniatures, et enfin le fauteuil du président surmonté d'un fronton triangulaire porté par le disque ailé d'Horus, tout concourt à créer un univers clos, imprégné d'une iconographie précise. Cet intérieur n'est pas une simple décoration ; il est une construction architectonique et symbolique, pensée pour des rites et des cheminements initiatiques. La rénovation achevée en 2012 témoigne de la persistance de cette vocation, assurant la pérennité d'un lieu dont la discrétion extérieure masque une profondeur conceptuelle et historique insoupçonnée, inscrivant l'édifice dans une lignée d'architectures à double peau, où la manifestation publique cède le pas à l'expérience intime.