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Maison de la Mutualité

Maison de la Mutualité

24 rue Saint-Victor 28 rue de Pontoise, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

Érigée en 1930 sur les décombres de l'ancien séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet, la Maison de la Mutualité se présente comme un spécimen tardif, mais non dénué d'intérêt, de l'Art Déco parisien. Œuvre des architectes Victor Lesage et Charles Miltgen, elle fut inaugurée avec une certaine solennité en 1931 par le président Paul Doumer, destinée à devenir un théâtre. Sa façade, d'une composition résolument géométrique et son programme décoratif intérieur, inscrit en partie au titre des Monuments historiques, témoignent d'une époque où l'ornementation se faisait plus stylisée, plus anguleuse. L'édifice, avec ses 1 789 places assises originelles – une référence quelque peu littérale, voire empressée, à la Révolution française – arborait un escalier principal en marbre blanc, dont les ferronneries, dit-on, faisaient écho à celles du paquebot Normandie. Une filiation assez révélatrice des aspirations à une modernité luxueuse, partagée entre l'édifice public et le transatlantique de grand standing. Ces détails, s'ils participent à la facture de l'ensemble, n'en restent pas moins anecdotiques au regard de l'impact réel du lieu. Car au-delà de sa coque architecturale, la Mutualité s'est rapidement imposée comme un véritable laboratoire, voire un réceptacle, des agitations politiques et sociales françaises du XXe siècle. Siège de la Fédération mutualiste de Paris, elle n'a jamais été un simple auditorium. Dès 1933, elle accueille le 30e congrès de la SFIO, puis le premier congrès international des écrivains pour la défense de la culture. Ce lieu, dont la vocation de rassemblement ne se démentit jamais, est devenu un haut-lieu, parfois tumultueux, du militantisme, un espace de débats et de confrontations pour l'échiquier politique français, de l'extrême gauche à l'extrême droite, en passant par les socialistes et même les écologistes. Martin Luther King y tint conférence en 1965, Léo Ferré y donna ses galas, même un soir de Nuit des barricades en Mai 68, et des réunions féministes non-mixtes ou des rassemblements de sans-papiers y ont marqué l'histoire sociale. L'on se souvient également des huées réservées à Jacques Chirac en 1992, ou des discours de défaite présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. Le bâtiment, ainsi, n'est pas tant une icône architecturale qu'une caisse de résonance, un thermomètre des humeurs nationales. La nécessité d'adapter cet ensemble aux contingences contemporaines ne manqua pas de se faire sentir. Après des difficultés financières en 2008, qui virent la gestion confiée à l'opérateur GL Events, le site connut une vaste rénovation sous la houlette de Jean-Michel Wilmotte, rouvrant ses portes en 2012. Si les travaux eurent le mérite de restaurer quelques moulures et fresques d'origine, ils réduisirent également la capacité de la salle – un détail pour certains, une perte de symbolisme pour d'autres – et ajoutèrent des commodités plus pragmatiques : ascenseurs « design », équipements « dernier cri », jardin suspendu. La Mutualité, dorénavant repensée comme un « petit palais des congrès de la Rive gauche », poursuit son rôle polyvalent, accueillant indifféremment concerts, lancements de produits et meetings. Sa modernité actuelle masque peut-être un peu de son âme originelle, mais elle n'en garantit pas moins la survie d'un lieu qui, par sa simple présence, continue de marquer la mémoire collective et urbaine.