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Le Trianon

Le Trianon

80 boulevard de Rochechouart, Paris 18e

L'Envolée de l'Architecte

Le Trianon, cet édifice sis au pied de la Butte Montmartre, ne s'impose pas d'emblée par une singularité architecturale révolutionnaire, mais plutôt par une résilience certaine et une capacité d'adaptation qui force une forme d'acquiescement. Sa première incarnation, le Trianon-Concert de 1894, fut une éphémère fantaisie Belle Époque, promptement réduite en cendres en 1900. C'est de cette destruction que naquit l'opportunité d'une reconstruction plus pérenne, confiée à Joseph Cassien-Bernard, un élève de Charles Garnier, dont le Pont Alexandre-III à Paris témoigne déjà d'une certaine grandiloquence et d'une maîtrise académique. L'architecte, loin de répliquer l'Opéra Garnier – ce n'était ni la commande, ni l'ambition d'un lieu destiné au divertissement populaire – dota néanmoins le Trianon d'une volumétrie et d'une ordonnance qui conféraient à cette salle de spectacles une dignité architecturale notable. Avec ses mille places et ses deux niveaux de balcons, il offrait un agencement traditionnel, efficace, conçu pour la visibilité et l'acoustique, à l'image des grands théâtres du temps. L'intégration du Petit Trianon, café-restaurant originellement conçu dans un style Art déco, révèle une intention d'offrir un espace de sociabilité complémentaire, un luxe certain pour un établissement initialement dédié aux plaisirs plus exubérants du music-hall. L'histoire du Trianon est celle d'une mue perpétuelle, un caméléon culturel. De Trianon-Théâtre, puis Théâtre Victor-Hugo, Trianon-Lyrique, jusqu'à devenir une succursale de l'Opéra-Comique en 1908, il a épousé les caprices des genres musicaux et dramatiques. Il fut le théâtre des débuts parisiens d'un Leopoldo Fregoli, vedette internationale, et vit défiler des figures mythiques telles que Mistinguett ou La Goulue, témoins d'une Belle Époque effervescente et sans complexe. Puis vint la période Music-hall avec Yvette Guilbert et Pierre Dac, avant que le grand écran ne s'empare de la salle dans les années 1930, où un jeune Jacques Brel aurait, dit-on, esquissé certains de ses textes. Cette capacité à se réinventer, passant du spectacle vivant au cinéma "populaire" – films d'aventure et de karaté – puis à retrouver sa vocation scénique en 1992, illustre la pragmatique adaptabilité de l'édifice face aux fluctuations des modes de divertissement et aux crises économiques, comme celle des salles de cinéma des années 1980. Inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1988, une reconnaissance tardive mais méritée de son rôle dans le paysage culturel parisien, le Trianon a bénéficié d'une restauration en 2009. Loin de s'enfermer dans une nostalgie passéiste, il continue d'accueillir une programmation d'une éclectique audace : de l'opéra aux concerts de variété, des défilés de mode aux phases finales de compétitions d'e-sport, sans oublier la "Nouvelle Star". Il demeure un point d'ancrage culturel, un lieu où la mémoire de la scène populaire parisienne se conjugue au présent, un témoin imperturbable des évolutions du spectacle, sans jamais céder à l'emphase, mais avec une constante présence.