7, 7 bis place des Vosges, Paris 4e
L'Hôtel de Sully, niché au cœur du Marais, constitue un exemple archétypal et complexe de l'hôtel particulier "à la française" du début du XVIIe siècle. Sa façade, érigée entre 1625 et 1630, témoigne d'une période de transition stylistique où l'édifice, bien que souvent classé sous l'appellation Louis XIII, demeure solidement ancré dans les traditions de la Renaissance. Il s'y lit une opulence ornementale, une silhouette de pavillons et une disposition d'escalier central qui trahissent encore une fidélité au passé, avant l'épurement classique. Le Marais, alors prisé par une noblesse désireuse d'afficher sa fortune et son rang, vit l'éclosion d'une multitude de chantiers monumentaux. L'acquisition du terrain par Mesme Gallet, contrôleur des finances, en 1624, inaugure l'aventure de cet hôtel, dont la paternité architecturale est communément attribuée à Jean Androuet du Cerceau. C'est une œuvre qui, d'emblée, connut les soubresauts de la fortune de ses propriétaires. Gallet, réputé pour son penchant invétéré pour les dés, dilapida sa fortune, contraint de céder l'hôtel inachevé. Une anecdote des plus édifiantes, illustrant la fragilité des entreprises architecturales face aux vices humains, avant que Maximilien de Béthune, duc de Sully, n'acquière la demeure en 1634. L'ironie veut que ce grand conseiller d'Henri IV, alors en disgrâce et peu enclin à y résider assidûment, lui ait légué son nom, immortalisant ainsi une présence plus symbolique que réelle. L'organisation spatiale épouse le plan en U, si caractéristique, qui s'articule autour d'une unique cour d'honneur, faute de l'espace requis pour la double cour. Les communs, habilement rejetés vers la rue, intègrent carrosses et écuries, témoignant d'une ingénierie domestique raffinée. L'observation des façades révèle un registre décoratif d'une grande richesse, manifestement maniériste. Les trumeaux s'animent de bas et hauts-reliefs allégoriques, les frontons alternent leurs profils, tandis que le jeu du bossage et l'utilisation d'ordres d'architecture confèrent une ostentation certaine à l'ensemble. Cette profusion se décline dans le détail : des linteaux de fenêtres ornés de rosaces et de palmettes, des frontons curvilignes dévoilant des têtes féminines, coiffées à la mode Louis XIII, cernées de feuillages opulents. Au bel étage, les motifs évoluent vers des têtes féminines plus classiques émergeant de colliers de perles, tandis que les frontons triangulaires s'enrichissent de coquilles Renaissance. Les grandes lucarnes, avec leurs ailerons feuillagés, parachèvent ce décor foisonnant. Le placement de l'escalier principal, au centre du logis, dans l'axe de l'entrée et en articulation avec le passage vers le jardin, participe également de cette logique maniériste de mise en scène. Le perron, amorti par deux imposantes piles rectangulaires, servant de socle à des sphinges énigmatiques, signale l'accès par une porte à entablement surmontée d'une fenêtre à fronton curviligne à volutes, un dispositif de grand appareil. Au fil des siècles, l'hôtel de Sully a connu les vicissitudes inhérentes aux grandes propriétés urbaines. Après la Révolution, il fut démembré, partagé en appartements et commerces, et même affublé d'une construction disgracieuse comblant la terrasse surmontant le portail. C'est l'un de ces destins communs qui voient la grandeur se fragmenter sous le poids de la spéculation ou de l'oubli. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que la comtesse Martine de Béhague tenta une restauration ambitieuse, malheureusement interrompue par sa mort. L'État, en acquérant l'édifice en 1944, puis en menant une campagne de restauration exemplaire de 1945 à 1974, parvint à restituer à l'hôtel une configuration proche de son état originel. Le bâtiment, aujourd'hui siège du Centre des monuments nationaux, et autrefois écrin pour la photographie, poursuit une existence publique, témoignant de sa capacité à traverser les époques, non sans avoir subi les altérations et les réinventions que l'histoire impose aux œuvres humaines. Il demeure, pour l'œil averti, une sorte de manifeste des hésitations et des audaces du Grand Siècle naissant.