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Hôtel de Montholon

Hôtel de Montholon

23 boulevard Poissonnière, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Montholon, érigé en 1785 sur le boulevard Poissonnière, offre un exemple symptomatique des hôtels particuliers de la fin de l'Ancien Régime, tout en affichant de subtiles singularités. Sa façade, en léger retrait par rapport à l'alignement urbain, constitue une audace pragmatique pour l'époque. Cette astuce, permettant de ménager une terrasse au premier étage, visait à offrir à ses occupants – en l'occurrence l'épouse de Nicolas de Montholon, président du parlement de Normandie – une vue dégagée sur les frondaisons du boulevard, marquant ainsi une première tentative d'intégration de l'espace privé à la perspective urbaine naissante. L'inspiration de l'Hôtel Benoît de Sainte-Paulle de Lenoir y est manifeste, signe d'une certaine filiation stylistique et d'un langage architectural en vogue. L'ensemble, attribué à François Soufflot le Romain, neveu du célèbre académicien, révèle également l'apport plus énigmatique de Jean-Jacques Lequeu. Ce dernier, loin d'être un simple dessinateur, a su imprégner l'édifice d'une vision singulière, notamment dans la composition des décors intérieurs. Les pilastres ioniques d'ordre colossal, qui animent la façade, témoignent d'une adhésion résolue aux canons néoclassiques de l'époque, conférant à l'édifice une solennité mesurée, une dignité qui n'appelle guère l'emphase. Cependant, l'observation détaillée révèle les altérations du temps, ces garde-corps en fonte du XIXe siècle, par exemple, qui altèrent une partie de la pureté originelle, témoins des inévitables stratifications stylistiques parisiennes. Au-delà de son architecture, l'Hôtel de Montholon a connu un destin particulièrement riche, se muant d'abord en dépôt et boutique pour les manufactures de tapis Sallandrouze d'Aubusson, puis devenant, sous l'égide d'Edmond Adam et de la célèbre Juliette Lamber, un haut lieu de la vie politique et intellectuelle. Fait notable, l'édifice fut bombardé lors du coup d'État du 2 décembre 1851, un épisode qui le transforma en un symbole républicain de résistance. Le salon de Juliette Adam, devenu l'un des plus importants de la Troisième République, accueillit une pléiade de figures, de Léon Gambetta aux artistes et écrivains tels que Gounod, Bonnat ou Pierre Loti, conférant au lieu une résonance culturelle et politique qui dépasse largement sa fonction première. Lequeu, dont on sait l'inclination pour les visions architecturales empreintes de gravité, a ainsi laissé son empreinte dans un décor et un mobilier d'esprit « piranesien », rappelant ceux de Montgermont, où le monumental et l'ornemental se conjuguaient avec une certaine forme d'inquiétude classique. La vente récente d'une esquisse de Soufflot témoigne, si besoin était, de l'intérêt persistant pour cette construction qui, malgré les vicissitudes et les mutations, demeure l'un des rares témoins d'une certaine urbanité boulevardiere du XVIIIe siècle, offrant une dialectique subtile entre la façade urbaine et l'intimité d'une vie intérieure.