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6 rue de Hanovre, Paris 2e

6 rue de Hanovre, Paris 2e

6 rue de Hanovre, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

Au sein du deuxième arrondissement parisien, non loin de l'éclat quelque peu ostentatoire de l'Opéra Garnier, se dissimule, presque avec une pudeur ironique, un édifice achevé à l'orée de 1908. Le 6, rue de Hanovre, représente une sorte d'ultime soubresaut ornemental, une élégance de fin de règne, pour un Art nouveau dont les flèches commençaient déjà à émousser leur pointe. C'est une incarnation tardive, et par conséquent assagie, d'un courant qui avait déjà connu ses fulgurances les plus audacieuses. Sa façade, sur dix-huit mètres linéaires, offre un curieux palimpseste des aspirations de l'époque. Au-delà des trois arcades du rez-de-chaussée et du premier étage – un vestige, presque, d'une composition plus classique, évoquant une permanence haussmannienne – se déploie une véritable partition céramique. Le grès flammé, matière prisée pour ses irisations subtiles et sa capacité à capturer la lumière mouvante des ciels parisiens, est ici l'œuvre d'Alexandre Bigot. On y discerne un bestiaire marin d'une singulière opulence : des algues sinueuses aux poulpes tentaculaires, en passant par les coquilles Saint-Jacques et les étoiles de mer, le tout dans une palette de verts et d'ocres marins. C'est un répertoire formel qui exhume une nature stylisée, éloignée de l'austérité à venir du Mouvement moderne. Les bow-windows des étages supérieurs ponctuent cette surface, offrant des échappées visuelles discrètes et brisant une planéité qui aurait pu être monolithique, témoignant d'une recherche d'articulation des volumes qui ne verse jamais dans l'audace franche des écoles viennoises ou bruxelloises. L'intérieur, paradoxalement, semble reprendre une respiration plus domestique, moins exubérante. Le hall d'entrée, bien que continu dans l'expression céramique, abandonne la fantaisie marine pour une flore plus terrienne, avec des feuilles rampantes et des roses épanouies, dans des teintes de verts et de rouges qui peuvent surprendre par leur vivacité contenue. Le grand escalier en fer à cheval, prélude à un escalier hélicoïdal éclairé par des vitraux judicieusement disposés, révèle une maîtrise du fer forgé dont les arabesques sont l'écho discret des motifs ornementaux extérieurs. L'espace central, cette cour octogonale, représente une tentative de domestication de la lumière au cœur de la parcelle dense, un puits de jour qui, sans être révolutionnaire, assure une fonctionnalité lumineuse essentielle à l'ensemble des bureaux. Il convient de noter que l'architecte, François-Adolphe Bocage, qui était locataire des précédents propriétaires, les industriels Hardtmutz, fit édifier ce bâtiment pour y conserver son propre cabinet. Un geste pragmatique, sans doute, mais aussi une déclaration architecturale personnelle, un manifeste en pierre et céramique dans une rue somme toute discrète. L'édifice devint ainsi sa propre vitrine, un modèle de ce qu'il pouvait offrir à une clientèle certes éclairée, mais fondamentalement conservatrice. Le choix de l'Art nouveau, si tardif dans ce quartier où l'haussmannien régnait en maître absolu, est éloquent. Ce n'était plus la nouveauté radicale des premières œuvres de Guimard ou Horta, mais plutôt une expression affadie, un luxe décoratif qui s'était démocratisé, ou du moins adapté, aux goûts d'une bourgeoisie moins aventureuse. Il s'agit davantage d'une élégance fin-de-siècle que d'un manifeste d'avant-garde. Cela dit, la collaboration avec Bigot et Alaphilippe confère à l'ensemble une qualité d'exécution indéniable, échappant aux pastiches les plus grossiers. La postérité, qui n'est jamais prompte à l'enthousiasme facile, a néanmoins su reconnaître la valeur de cet ensemble. L'inscription aux Monuments Historiques en 1977, particulièrement pour la façade, la toiture, le vestibule et l'escalier hélicoïdal, témoigne d'une réévaluation de ces productions de la Belle Époque, longtemps considérées comme des excès décoratifs. Le 6, rue de Hanovre est ainsi devenu un témoin précieux, et presque inattendu, d'une époque où l'ornement, avant de s'effacer, faisait ses dernières révérences avec un certain panache.