4 Rue Hénon, 4e arrondissement, Lyon
L'église Saint-Denis-de-la-Croix-Rousse, sise rue Hénon, n'est pas tant un manifeste architectural qu'un jalon, patiemment érigé puis réaménagé au gré des contingences et des goûts successifs. Son implantation, dès 1623, par les Augustins déchaussés, se fait sur un site alors périphérique, la Croix-Rousse, où l'on pouvait, avant l'ouverture des remparts, trouver quelque réconfort pour voyageurs et montures. Un lieu pragmatique, dont l'église, dédiée à Saint Denis sur une demande appuyée de l'archevêque Denys de Marquemont, allait suivre une destinée houleuse. Détruite durant les fureurs révolutionnaires, son retour au culte, sous l'égide du Cardinal Fesch, oncle de Bonaparte, marqua le début d'une série d'interventions. Le curé Jean-Matthieu Chazette confia à Antoine-Marie Chenavard la tâche délicate d'une restauration et d'un embellissement. Chenavard, avec une façade d'une inspiration baroque plutôt austère, et un intérieur néo-roman, donna le ton d'un édifice aux identités multiples. L'austérité du dehors se confrontait déjà à une relecture d'un style ancien, sans le faste de l'original. Par la suite, l'architecte Forest acheva en 1847 ce qui constitue le chœur actuel, adjoignant deux ailes qui firent de l'ancienne église conventuelle la nef centrale. C'est à ce moment que l'édifice acquit cette configuration parfois surprenante d'une greffe sur une ossature plus ancienne. Les décorations intérieures, avec leur tendance byzantine, ajoutèrent une couche supplémentaire de références stylistiques, un empilement parfois déroutant pour l'œil averti. Le curé Artru y apporta ses vitraux et les statues de Saint Denis et Saint Joseph, œuvres de Fabisch; l'on dit même qu'un vitrail le représente en Saint Vincent de Paul, une discrète marque personnelle. Le successeur, Zacharie Paret, prolongea cette logique d'enrichissement. La chapelle de Notre-Dame des Sept Douleurs fut ajoutée, et l'ornementation du chœur de 1876, avec ses plaques imitant un marbre rouge veiné et sa frise dorée, culminait sous la coupole peinte par Auguste Perrodin, ancien collaborateur de Viollet-le-Duc. Le Christ en majesté y trône, entouré de figures emblématiques, un témoignage de la persistance de l'iconographie traditionnelle dans un cadre architectural composite. On y voit également, judicieusement protégée, la bannière des maîtres tisseurs de la Croix-Rousse, chef-d'œuvre de broderie qui évoque la vie économique et sociale intense du quartier. L'orgue, lui aussi, raconte une histoire d'adaptations. De l'instrument romantique de Guetton-Dangon, installé vers 1880, à l'orgue de 1968 de la maison Dunand, transformé pour embrasser l'esthétique du XVIIIe siècle, on perçoit une volonté constante de renouvellement, parfois au détriment de la pureté stylistique. Les relevages successifs de 1981 et 2006, notamment après la canicule de 2003, attestent d'une attention pragmatique à la conservation, même face aux aléas climatiques. Parmi les éléments mobiliers, classés, on retiendra une toile de Germain Panthot, longtemps attribuée à tort à Jacques Blanchard, un détail qui illustre les sinuosités de l'histoire de l'art. L'ensemble révèle un monument qui, par strates successives, loin de toute intention unitaire, témoigne des époques et des volontés d'une paroisse résiliente. Son inscription aux Monuments Historiques depuis 1986 ne fait que confirmer son statut de reliquaire de ces évolutions multiples, offrant à l'observateur patient un aperçu de l'art de bâtir et de décorer, à la lyonnaise, sur plusieurs siècles.