Voir sur la carte interactive
Église Saint-Jean-Bosco

Église Saint-Jean-Bosco

77, 79 rue Alexandre-Dumas, Paris 20e

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Jean-Bosco, érigée au cœur du 20e arrondissement parisien entre 1933 et 1938, se présente comme un spécimen éloquent de l'Art déco religieux. Œuvre des architectes roumains Dumitru Rotter et son fils René, elle se revendique de l'héritage d'Auguste Perret, notamment de son emblématique Notre-Dame du Raincy. Une filiation qui, si elle confère une légitimité conceptuelle, fut interprétée ici avec une certaine liberté. Là où Perret magnifiait l'expression structurelle du béton armé, créant des volumes épurés baignés de lumière, les Rotter semblent avoir embrassé une esthétique plus enveloppante, privilégiant la richesse des surfaces et une ornementation dense, caractéristique de leur époque. Cet édifice, soutenu par l'Œuvre des Chantiers du Cardinal, s'inscrit dans un programme ambitieux de constructions religieuses, cherchant à moderniser l'image de l'Église tout en répondant aux besoins urbains. Son clocher, s'élevant à 53 mètres, affirme une verticalité certaine dans le tissu urbain, tandis que sa volumétrie intérieure déploie un espace dont la sobriété structurelle est tempérée par une exubérance décorative. L'édifice fut d'ailleurs salué pour la cohésion de sa facture, ce qui, au regard de la multitude d'intervenants, relève d'une remarquable discipline ou d'une adhésion scrupuleuse aux codes stylistiques du moment. L'intérieur révèle en effet un foisonnement de métiers d'art. L'Atelier Mauméjean, figure majeure de l'époque, signe les autels et la chaire en onyx, matériau de prédilection pour son opulence chromatique. Le retable lumineux du chœur, alliance de vitrail, mosaïque et cabochons de verre, en est une illustration frappante, dépeignant le Christ en croix avec une intensité propre à l'imagerie Art déco. Les vitraux, œuvres de Jean Gaudin et Antoine Bessac, filtrent une lumière colorée, animant la nef et ses galeries d'une iconographie religieuse conventionnelle, tandis que les sculptures de Georges Serraz et Yvonne Parvillée, ainsi que les ferronneries de Raymond Subes, complètent ce tableau d'un luxe maîtrisé. La voûte du chœur retient l'attention par sa mosaïque singulière représentant le Saint-Esprit, le Père et le Fils, encadrés par les signes du zodiaque. Cette inclusion, pour le moins inattendue dans un contexte liturgique classique, interroge la portée symbolique recherchée, flirtant peut-être avec une certaine universalité cosmique ou une modernité iconographique audacieuse, bien que discrètement insérée. Les litanies de la Sainte Vierge, déployées en mosaïques sur la voûte de la nef, parachèvent cette immersion dans un espace où le sacré se pare de motifs riches et répétitifs. Les 28 cloches du carillon Paccard et l'orgue Gloton, reconstruit par Dargassies, rappellent que cet écrin n'est pas qu'un objet d'étude, mais un lieu de vie sonore et spirituelle. Récemment classée Monument Historique, l'église a vu ses besoins de conservation reconnus par d'importants financements, preuve que l'enthousiasme initial pour cette « église la plus réussie » ne s'est pas entièrement dissipé, bien qu'il faille désormais des fonds considérables pour en préserver l'éclat quelque peu passé. Elle demeure un témoignage éloquent d'une époque où la ferveur religieuse s'habillait des atours de la modernité décorative.