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Hôtel de Poissac

Hôtel de Poissac

27 cours d'Albret Rue Pierlot, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Poissac, édifié entre 1775 et 1778 à Bordeaux, présente une singulière inversion topologique de l'hôtel particulier classique. Plutôt que de s'organiser autour d'une cour d'honneur en façade, il déploie son jardin vers le cours d'Albret, conférant à l'ensemble l'allure inattendue d'une villégiature urbaine. Cette disposition, aussi charmante soit-elle, ne doit pas occulter les sources, pour le moins complexes, de son financement initial. Le baron Étienne-François-Charles Jaucen de Poissac, son commanditaire, tira en effet une part substantielle de sa fortune des habitations coloniales de son épouse, Marguerite Dupuy, à Saint-Domingue, où quatre cents esclaves assuraient la prospérité des plantations de café. C'est sur ces revenus, issus de la traite transatlantique, que le baron acquit, en 1775, des terrains de l'archevêché, contribuant ainsi, par un curieux effet de cascade financière, au financement du Palais Rohan, érigé juste en face. L'architecture elle-même, sous la direction du maître Nicolas Papon et peut-être des plans de François Lhote, se révèle être un manifeste néoclassique de l'époque. La façade principale, celle qui donne sur ce jardin si particulier, affiche une composition symétrique, d'une sobre élégance. Elle est rehaussée par une balustrade couronnant la corniche, des pilastres ioniques colossaux qui scandent l'ordonnancement, et des ornements discrets de guirlandes et de frontons. Cette façade est d'une retenue qui contraste avec la grandiloquence du portail monumental, de facture baroque, qui marque l'entrée côté rue. Ce dernier, d'ailleurs, n'est pas d'origine, ayant été déplacé en 1903 depuis l'hôtel Pichon, illustrant ces réappropriations successives qui ponctuent l'histoire urbaine bordelaise. L'intérieur, plus intime, préserve l'élégance du XVIIIe siècle avec son escalier dont la rampe en fer forgé témoigne d'une ferronnerie raffinée, et trois salons parés de boiseries qui devaient être le cadre de réceptions feutrées. L'édifice, confisqué comme bien national durant la Révolution après l'émigration de Jaucen, connut diverses fortunes. Au XXe siècle, il devint la résidence de Georges Guestier, un négociant et esthète éclairé qui en fit un écrin pour sa collection d'art, transformant l'hôtel en un 'musée intime' avant de léguer ses trésors au musée des arts décoratifs de Bordeaux. Un destin qui souligne l'adaptabilité de ces vastes demeures privées aux caprices du temps et aux passions de leurs occupants. Aujourd'hui, bien loin des splendeurs d'antan ou des collections d'art, l'Hôtel de Poissac abrite les services du Rectorat de Bordeaux, une fonction administrative plus prosaïque qui parachève l'évolution de ce monument, désormais silencieux témoin de son propre passé.