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Hôtel Le Charron

Hôtel Le Charron

13-15 quai de Bourbon, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Le Charron, ou plus communément de Vitry, s'érige au 13-15 quai de Bourbon, sur cette Île Saint-Louis dont l'ordonnancement fut l'un des plus ambitieux projets d'urbanisme du début du XVIIe siècle à Paris. Point n'est besoin de louanges dithyrambiques pour apprécier la solide facture de cet hôtel particulier, érigé entre 1637 et 1640 sous la houlette de Sébastien Bruand. Bruand, architecte dont le nom, moins éclatant que d'autres de ses contemporains, n'en reste pas moins un maillon essentiel dans la chaîne des bâtisseurs de cette période. Il appartenait à une lignée d'architectes, son frère Libéral Bruant laissant une empreinte plus visible, notamment avec les Invalides. L'Hôtel Le Charron est, à cet égard, un témoin plus discret mais non moins significatif de ce classicisme naissant. Il incarne le parti architectural typique de l'hôtel particulier parisien, alliant la façade sur rue — ici, le quai — à une organisation en profondeur, ménageant cour et, très probablement, un jardin à l'arrière, bien que le texte source reste mutique sur ce point. Cette dialectique entre le plein de la pierre et le vide des ouvertures, le jeu des modénatures et l'équilibre des travées, caractérise une esthétique de la retenue, fort éloignée des exubérances baroques ultérieures. Commandité par Jean Charron, intendant des Finances, l'édifice reflète la position de son commanditaire : une certaine fortune, mais aussi une dignité et une sobriété de goût propres à la haute administration royale de l'époque. Ces intendants, figures clés de l'appareil d'État, cherchaient une demeure qui manifeste leur autorité sans verser dans l'ostentation frivole. L'Hôtel Le Charron a connu une destinée singulièrement éclectique. Après avoir servi d'écrin à l'intendance et à la vie mondaine du XVIIe siècle, il se mua, dès 1912, en atelier pour la sculptrice belge Yvonne Serruys et son époux, l'écrivain Pierre Mille, preuve de l'attrait persistant de l'île pour les artistes et les esprits libres. C'est également entre ces murs que s'éteignit en 1941 le peintre Émile Bernard, figure complexe du symbolisme et du synthétisme, dont le souvenir confère au lieu une patine mélancolique. Plus récemment, le volcanologue Haroun Tazieff y établit sa demeure, un curieux contraste entre la rigueur scientifique et l'histoire artistique des lieux, illustrant la capacité d'adaptation de ces grandes structures. L'inscription au titre des monuments historiques en 1988, complétée par une restauration attentive entre 1979 et 1980 sous l'égide des Bâtiments de France, avec Laurent Daum comme architecte, atteste d'une reconnaissance tardive mais méritée de son importance patrimoniale. L'Hôtel Le Charron, sans être une œuvre révolutionnaire, demeure un exemple probant de l'architecture domestique classique parisienne, un jalon discret mais éloquent de l'urbanisme et de la société du Grand Siècle.