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Hôtel Garreau

Hôtel Garreau

13 rue Dobrée, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel Garreau, érigé en 1845 à l'angle de deux rues nantaises, se présente comme un spécimen éloquent d'une aspiration à l'antique, une sorte de manifeste personnel signé par un entrepreneur en pleine ascension sociale. Jean-Pierre Garreau, loin d'être un simple commanditaire, était lui-même un bâtisseur prospère de la bourgeoisie nantaise, dont la réputation s'était forgée sur la qualité des demeures qu'il réalisait. Sa collaboration avec l'architecte Joseph-Fleury Chenantais pour sa propre résidence révèle sans doute un programme décoratif dont Garreau fut l'ordonnateur principal, imprégné par son voyage formateur en Italie et sa profonde admiration pour la Renaissance. L'édifice adopte un vocabulaire néo-Renaissance, alors en vogue, mais ici traité avec une certaine emphase. L'ornementation y tient une place prépondérante, avec notamment un porche richement ciselé, encadré de médaillons évoquant des figures classiques ou allégoriques, conférant une entrée de dignité. Les baies jumelées, typiques de cette référence à l'architecture italienne du Quattrocento et du Cinquecento, apportent une légèreté calculée au percement des façades, rompant la monotonie d'un mur-rideau et introduisant une modulation des aplats. Le plein est ainsi mis en résonance avec le vide, non sans une certaine grandiloquence. Les bas-reliefs qui ponctuent la façade ne sont pas de simples vignettes pittoresques ; figurant des monuments emblématiques tels que le Colisée et la basilique Saint-Pierre de Rome, ils sont l'affirmation d'une culture et d'un goût pour la Rome éternelle, une transplantation idéalisée des modèles classiques au cœur d'une ville portuaire en pleine mutation. Ce déploiement de références architecturales n'est pas sans rappeler les ambitions des entrepreneurs du Second Empire, désireux d'afficher réussite et raffinement, érigeant leurs demeures en emblèmes de leur ascension. L'hôtel Garreau se distingue ainsi par la qualité de son appareil et la profusion de son décor, une signature architecturale en soi, probablement destinée à rassurer d'éventuels clients sur la capacité de Garreau à livrer des ouvrages d'une incontestable prestance. Sa juxtaposition immédiate avec l'église Notre-Dame-de-Bon-Port, à laquelle il est adossé, confère à cet angle de rue une densité historique et stylistique particulière, un dialogue architectural muet entre la piété publique et la fortune bourgeoise. L'inscription de ses façades et toitures aux monuments historiques en 1975 vient confirmer, après un siècle et demi, la pertinence de cette œuvre singulière. L'hôtel Garreau demeure un témoignage précieux de l'éclectisme du XIXe siècle, une période où le passé fut convoqué non pas pour être recopié servilement, mais pour servir de fondation à de nouvelles expressions de la prospérité et de la respectabilité. Un édifice qui, par sa richesse ostentatoire, ne manque pas d'interroger la distinction poreuse entre l'artisanat du bâtiment et l'art de l'architecture.