Place des Capucines, Marseille
La fontaine Fossati, singularité marseillaise, se distingue comme l'unique monument hydraulique de la ville à avoir été classé historique, un fait qui lui confère une sorte de légitimité tardive face à son histoire mouvementée. Commandée à Dominique Fossati en 1778, cette œuvre de style baroque teinté d'influences Louis XVI fut érigée pour un montant de douze mille livres, modeste somme pour une ambition affichée en l'honneur de Necker, alors figure éminente des finances royales. Son existence fut marquée par une mobilité urbaine notable : de sa première implantation place du Général-de-Gaulle, elle fut déplacée en 1825 puis à nouveau en 1863, au gré des aménagements routiers et des impératifs de la circulation, témoignant ainsi d'une certaine flexibilité, voire d'une absence d'ancrage définitif dans le tissu urbain qu'elle était censée embellir. Un destin d'objet décoratif plutôt que de pilier inamovible de la cité. L'édifice se présente comme une composition pyramidale, centrée sur un obélisque que le texte source attribue curieusement à un retour d'Égypte par Napoléon, assertion qui mérite une certaine distance critique étant donné la nature stylisée de l'élément, plus proche d'une stèle que d'un authentique vestige antique. Cet axe vertical, supporté par quatre lions, s'anime à sa base par une scénographie hydraulique où quatre dauphins inversés déversent l'eau, laquelle est ensuite dirigée, avec une touche de fantaisie, par deux paires d'enfants chevauchant une tortue marine, vers une coquille elle-même déversant dans une vaste vasque inférieure. L'ensemble, plutôt classique dans son ordonnancement, rend hommage au talent du concepteur par l'inscription latine HON. DOMI. FOSSATI IRU ET FECIT. La charge symbolique de la fontaine n'est pas anodine. Elle fut, à son origine, couronnée d'un globe surmonté d'un aigle, dont l'histoire révèle une volatilité politique certaine. Commandé en marbre blanc par Chardigny en 1805 et posé par Chinard en 1809, cet emblème impérial fut promptement détruit par la foule en 1814 lors de la chute de l'Empire. Un exemple éloquent de la fragilité des allégories officielles face aux vents de l'histoire. Il est également noté que sa ressemblance avec la fontaine des Prêcheurs à Aix-en-Provence participait alors d'une discrète joute symbolique entre les deux capitales provinciales. L'œuvre, au-delà de sa fonction hydrique, a su laisser une trace, immortalisée par le pinceau du peintre Félix Ziem, s'installant à Marseille en 1839, et même reproduite en faïence par la manufacture de la veuve Perrin, un témoignage de son statut d'icône locale, au moins au sein de la production artisanale de l'époque. Ces multiples incarnations, du marbre à la toile en passant par la céramique, confèrent à cette fontaine une présence culturelle plus solide que son ancrage urbain.