15 place de Châteauneuf, Tours
L'Hôtel des Ducs de Touraine, ou son plus modeste avatar l'hôtel de la Croix-Blanche, à Tours, offre une chronique édifiante des vicissitudes immobilières d'une certaine noblesse, puis de l'administration, et enfin du commerce. Sa désignation même, oscillant entre la grandeur ducale et la simplicité hôtelière, révèle un édifice qui a traversé les âges en se prêtant à des fonctions successives, non sans quelques accommodements architecturaux. Initialement cédé par Charles IV aux chanoines de Saint-Martin dès 1323, l'édifice connut son heure de gloire relative au début du XVe siècle. C'est à Jean de France, duc de Touraine – l'un de ces princes apanagistes dont la lignée royale conférait un prestige certain, mais souvent éphémère – que l'on doit sa reconstruction. Cette période, charnière, aurait vu naître un palais sans doute dans le style gothique flamboyant, paré de ces ornements délicats et ajourés caractéristiques de l'époque. On imagine les façades d'alors, bien différentes des arrangements ultérieurs, reflétant l'importance du lieu comme centre d'administration du duché et cour de justice. De telles résidences princières, même provinciales, cherchaient à projeter une image de puissance et d'ordre, l'architecture étant alors un outil de légitimation autant qu'une expression esthétique. La vie de l'hôtel ne fut cependant pas une longue contemplation. Dès 1501, il se mua en siège du bailli de Touraine, attestant de sa transformation progressive d'une résidence princière à un simple bureau administratif, une bureaucratie naissante éclipsant l'éclat des fastes ducaux. Puis, par un retournement curieux, il fut revendu en 1683 à la collégiale Saint-Martin. Les siècles, avec leur lot de changements de propriétaire, ont laissé leurs marques. Les derniers remaniements, comme il est pudiquement désigné, datent du XVIIe siècle. Ces modifications ont sans doute introduit une certaine régularité classique, avec des pignons ordonnés sur la cour, recouvrant ou simplifiant les singularités gothiques. C'est la nature de l'architecture urbaine ancienne que d'être un livre ouvert sur l'histoire, chaque époque ajoutant son propre chapitre sans forcément effacer les précédents. Au cœur de cette superposition, persiste un élément singulier et révélateur de la profondeur historique du lieu : une tour octogonale abritant un escalier, clairement datée de l'époque gothique. Cette tour, souvent un pivot fonctionnel et un repère visuel dans les demeures médiévales, offre une précieuse échappée vers la structure originelle du bâtiment. Elle se dresse là, silhouette élégante et verticale, entre des pignons qui, eux, parlent une langue plus tardive. C'est sur ces façades donnant sur la cour, celles qui préservent le mieux cette stratification historique et ces détails d'intérêt, que s'est portée l'attention des Monuments Historiques en 1928, consacrant ainsi la valeur patrimoniale de ce complexe assemblage. Enfin, dans la première moitié du XXe siècle, cet ancien palais ducal et siège de justice se transforma en hôtellerie de la Croix Blanche. Une destinée des plus communes pour tant de demeures chargées d'histoire, réduites à des usages plus prosaïques, mais non moins utiles. C'est un destin ordinaire, presque une banalité architecturale, que d'assister à la domestication progressive du faste ancien. L'Hôtel des Ducs de Touraine n'est pas un monument d'une audace folle ou d'une unité conceptuelle rigoureuse ; c'est un édifice résilient, témoin d'une succession de vies, plus utile qu'iconique, dont l'intérêt réside précisément dans cette capacité à incarner la longue durée des usages et des formes architecturales à travers les siècles.