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Pavillon sud bordant la cour d'honneur de l'église du Val-de-Grâce

Pavillon sud bordant la cour d'honneur de l'église du Val-de-Grâce

279 rue Saint-Jacques, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

Le Val-de-Grâce, cette église au prestige baroque classicisant, se dresse comme un ex-voto monumental, une promesse royale matérialisée dans la pierre. C’est en 1645, sous l'égide d'Anne d'Autriche, reconnaissante d'avoir enfin donné un héritier au trône en la personne de Louis XIV, que la première pierre fut posée. L’édifice ne fut pas l’œuvre d’un seul homme ni d’un seul élan, Mansart en conçut les prémices, envisageant des tours flanquant la nef et un portail d’entrée d’une ampleur presque castrale, une audace peu conventionnelle pour une façade ecclésiale. Mais les vicissitudes du pouvoir et du temps firent que Lemercier, Le Muet, puis Le Duc durent en reprendre les rênes, chacun y apposant sa marque, ou du moins, son compromis. L’on observe aujourd’hui une façade à deux étages, sobre dans son ordonnance, où les colonnes jumelées et le fronton triangulaire, flanqués d’ailerons, rappellent l'église des Feuillants – une signature maniériste de Mansart, ici tempérée par une recherche de clarté. L’architecte y quadrille l’espace d’une dialectique verticale et horizontale, orchestrant pilastres et entablements avec une rigueur que l’on ne trouve pas toujours dans l’exubérance baroque italienne. Le dôme, majestueux, abrite une coupole où Pierre Mignard déploya sa « Gloire des Bienheureux », un plafond céleste qui répond à l'intention pieuse de l'ensemble. Sous ce même dôme, le baldaquin, qui devait être conçu par Le Bernin lui-même selon le vœu d'Anne d'Autriche, fut finalement l'œuvre de Gabriel Le Duc. Il s'inspire manifestement de son illustre homologue romain, offrant un écrin somptueux à une Nativité sculptée par Michel Anguier. Cette crèche, un chef-d'œuvre de naturalisme, devait être, hélas, dispersée à la Révolution, son sort la menant à l'église Saint-Roch. Lors de la reconstruction sous Napoléon III, un incident révélateur de l'attachement aux reliques survint : le curé de Saint-Roch, refusant de restituer l'original, contraignit à la commande d'une copie fidèle, exécutée par Denis, Lequien et Desprez. L’église, qui devint un temps un banal magasin d'habillement militaire avant d'être rendue au culte, abrite également un orgue dont l’histoire est aussi singulière. Le Cavaillé-Coll, initialement destiné au Panthéon lorsque celui-ci fut provisoirement rendu au culte, fut transféré ici en 1891. Il subsiste aujourd’hui comme un témoignage rare et quasi intact de la facture de ce grand maître, une pièce d'horlogerie musicale qui continue de résonner, indifférente aux tumultes historiques qui ont agité ces murs.