Voir sur la carte interactive
Église Saint-Guillaume

Église Saint-Guillaume

Rue Saint-Guillaume, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Guillaume à Strasbourg, plus qu'un simple édifice cultuel, se révèle être un témoignage architectural des compromis et des évolutions d'un site. Son implantation singulière, légèrement de travers le long de l'Ill, n'est pas le fruit d'une fantaisie, mais la conséquence pragmatique d'un sol instable et d'un alignement urbain ancien, épousant le tracé des quais des Bateliers et des Pêcheurs. Fondée vers 1298 par le chevalier Henri de Müllenheim pour l'ordre mendiant des Guillemites, cette construction allongée, achevée en 1307, reflète l'idéal de sobriété monastique. Sa nef unique, plafonnée, prolongée par un chœur polygonal profond aux hautes fenêtres, suggère une fonction première de salle de réunion pour les frères, avant de servir de lieu de culte pour la corporation des Bateliers dès 1331. La simplicité originelle de l'édifice, entièrement en brique et dépourvue de voûte, contraste avec l'enrichissement baroque qui le caractérise aujourd'hui. L'histoire de Saint-Guillaume est celle d'une mutation, passant du catholicisme au culte luthérien dès 1534, après une résistance monastique certaine. Le couvent, transformé en internat pour le Gymnase où œuvrèrent Calvin et Bucer, ancre l'église dans le berceau du protestantisme strasbourgeois. L'adjonction du clocher en 1667 illustre bien ces adaptations successives. Conçu pour réunir les trois pignons de la façade, il se trouve asymétrique, prolongeant un porche de plan trapézoïdal dicté par la rue. Cet ajout, tout en conférant à l'ensemble une nouvelle verticalité, souligne l'organique évolution d'une construction rarement soumise à un plan d'ensemble rigoureux. À l'intérieur, le mélange des époques offre une composition disparate mais non dénuée d'intérêt. L'autel principal en stuc de 1767 et sa clôture en fer forgé de 1803 côtoient une chaire en bois taillé et doré de 1656, portée par un pélican, exemple du style cartilage. Le somptueux tombeau double des frères Philippe et Ulrich von Werd, landgraves d'Alsace, en grès rouge du XIVe siècle, chef-d'œuvre du sculpteur Woelflin de Rouffach, représente une pièce maîtresse, loin de la modestie des origines. Les vingt-huit plaques armoriées, en métal polychrome, commémorant les administrateurs de la paroisse du XVIIe et XVIIIe siècles, dressent une galerie de portraits de la bourgeoisie locale, témoignant des liens sociaux et financiers avec l'église. Le porche, restauré en 1488, conserve des dais et consoles sculptés de scènes religieuses et profanes, tel une sirène accueillant les fidèles, sous une voûte d'ogives parée de motifs célestes. Les enfeus de la nef, dont celui orné d'un chien, parfois attribué à Hans Hammer, et les tribunes ajoutées aux XVIe et XVIIe siècles, révèlent une adaptation fonctionnelle à une congrégation protestante croissante. Le jubé de 1485, initialement séparant moines et fidèles, fut reculé en 1656, son rôle transformé par le nouveau culte. L'orgue d'André Silbermann, datant de 1728, dont seul le buffet baroque est d'origine, constitue une pièce notable et assure à l'église une acoustique remarquable. Cette qualité sonore a fait de Saint-Guillaume un lieu privilégié pour la musique classique, notamment les Passions de Bach, sous l'impulsion du célèbre Chœur de Saint-Guillaume fondé par Ernest Münch en 1885, dirigé par des figures telles que Wilhelm Furtwängler ou Charles Munch, son fils. Les vitraux, témoins de l'âge d'or du gothique et du gothique tardif, présentent un éventail d'histoires sacrées, de la Vie du Christ à l'hagiographie des saints Guillaume et Catherine, avec des ajouts du XVIIe siècle et même des portraits de personnalités protestantes du XIXe siècle dans Les Noces de Cana. Enfin, la sacristie recèle une gravure de la façade d'avant 1667 et une curieuse inscription de 1502 : Wolt ich arbeiten, ich wer ein Wilhelmer worde. Si j'avais voulu travailler, je me serais fait moine de Saint-Guillaume, qui offre un aperçu humoristique de la vie monastique. Le clocher, avec son coq et son ancre, emblème des bateliers qui a même inspiré une brasserie locale, rappelle la longue histoire et l'ancrage de cette église dans le tissu urbain et social strasbourgeois, continuant d'évoluer en intégrant des initiatives contemporaines, tel l'Antenne inclusive Saint-Guillaume.