111 avenue Paul-Vaillant-Couturier, Gentilly
L'église du Sacré-Cœur de Gentilly, sise à proximité de la Cité internationale universitaire, bien qu'étrangère à son domaine laïque – une subtilité dictée par les principes fondateurs de cette dernière – se dresse comme un signal singulier dans le paysage parisien. Sa silhouette, dominée par un clocher et un dôme atteignant la même hauteur de soixante-deux mètres, témoigne d'une volonté d'affirmation dans un contexte urbain en pleine mutation. L'édifice est le fruit d'une initiative persévérante, celle de l'abbé Robert Picard de La Vacquerie, soucieux de pourvoir aux besoins spirituels des étudiants catholiques étrangers. L'impossibilité d'ériger un lieu de culte *intra muros* de la Cité conduisit à cette implantation sur un terrain privé, grâce à la générosité posthume de Pierre Lebaudy, dont la veuve honora le vœu de financement après son décès en 1929. C'est donc une opération de mécénat privé qui permit la concrétisation de ce projet d'envergure, contournant avec une certaine élégance les strictes exigences de laïcité. Conçue en 1931 par Pierre Paquet, ancien architecte diocésain et des monuments historiques, assisté de son fils Jean-Pierre Paquet, l'église fut édifiée entre 1933 et 1936. L'architecte s'est attaché à satisfaire le souhait des commanditaires d'un monument d'inspiration romane, aboutissant à un compromis stylistique des plus intéressants : une synthèse néo-romane et néo-byzantine. Si le plan en croix latine à vaisseau unique et la voûte en plein cintre évoquent une certaine tradition romane, la présence d'un dôme à la croisée du transept et certains ornements, notamment les bronzes du clocher, s'inscrivent dans une veine byzantine moins courante à cette période, conférant à l'ensemble une touche d'exotisme tempéré. La structure révèle une modernité non dissimulée : le béton armé, matériau emblématique du début du XXe siècle, confère à l'édifice sa solidité et permet une élévation notable. Il est cependant habilement paré de plaques de calcaire de Saint-Maximin, offrant une façade d'une blancheur classique, adoucissant l'austérité potentielle du béton. L'attention portée à l'habillage des matériaux est révélatrice d'une époque cherchant à concilier l'innovation structurelle et la permanence d'une esthétique plus patrimoniale. L'intérieur témoigne d'une collaboration artistique d'une richesse notable. Les sculptures de Georges Saupique, telles que le Christ en majesté du tympan ou les anges monumentaux du clocher, confèrent à l'édifice une identité iconographique forte. Les dix-sept verrières abstraites de Jacques Grüber, maître-verrier renommé de l'époque, baignent l'espace d'une lumière colorée et diffuse, rompant avec l'imagerie figurative traditionnelle. Les vastes peintures murales d'Ángel Zárraga, dont le *Baptême du Christ* et la *Résurrection*, ancrent le lieu dans une tradition de la grande composition narrative. Cette convergence d'artistes majeurs de l'entre-deux-guerres fait de l'église un véritable conservatoire de l'art sacré de son temps. La postérité de l'édifice connut une inflexion pragmatique. Initialement conçue pour desservir la communauté étudiante, la construction du boulevard périphérique en 1960 la coupa physiquement de la Cité universitaire, entraînant un désintérêt progressif. Affectée depuis 1979 à la communauté catholique portugaise, elle a trouvé une nouvelle vocation, illustrant la capacité des édifices à s'adapter aux dynamiques démographiques et sociales. Son inscription au titre des monuments historiques en 2000, bien que relativement tardive, atteste néanmoins de la reconnaissance de sa valeur architecturale et artistique. Les récentes rénovations, telle celle du chemin de Croix dont le financement a été décidé pour 2025, témoignent de sa vitalité et de la pérennité de son rôle cultuel et culturel.