42 rue Pierre-Fontaine 51 boulevard de Clichy, Paris 9e
L'édifice qui abrite aujourd'hui la Comédie de Paris, sis au pied de la Butte Montmartre, se révèle, dès son inauguration en décembre 1929, comme un jalon architectural notable, fruit de la vision de Georges-Henri Pingusson. Baptisé initialement « Les Menus-Plaisirs », non sans une certaine ironie eu égard à l'austérité nouvelle de ses lignes, le bâtiment incarne alors l'esthétique dite du « style paquebot ». Il s'agit là d'une application rigoureuse des principes modernistes de l'entre-deux-guerres, caractérisée par une géométrie pure, des surfaces lisses et un agencement horizontal des volumes, évoquant la fonctionnalité et la puissance des transatlantiques. Pingusson, membre éminent de l'Union des Artistes Modernes, œuvrait alors à dépouiller l'architecture de tout ornement superflu pour privilégier la lumière, l'espace et la rationalité constructive, comme en témoigne son célèbre Hôtel Latitude 43 à Saint-Tropez. La façade de cette salle parisienne, inscrite aux monuments historiques en 1991, témoigne de la reconnaissance tardive mais méritée de cette expression moderniste. Elle offre un dialogue maîtrisé entre les pleins et les vides, où les baies vitrées, sans être ostentatoires, assurent la liaison avec l'environnement urbain, tandis que la massivité des murs, probablement en béton enduit, assure l'isolation phonique nécessaire à sa fonction. Le parti pris est clair : rompre avec l'éclectisme ornemental du XIXe siècle au profit d'une sobriété annonciatrice de la modernité. L'intérieur, quant à lui, fut pensé pour la souplesse d'adaptation, un impératif pour une salle de spectacle vouée à traverser les âges et les modes. Et les modes, la Comédie de Paris les a traversées, souvent avec une désinvolture surprenante. D'un music-hall aux accents joyeux, accueillant Damia ou Jean Sablon, elle se mua en théâtre de l'humour, puis, sous l'impulsion de Jacques Valois en 1941, en un foyer de théâtre classique, le « Jeune-Colombier », où l'on reprit Shakespeare et Machiavel. Les années 50 virent d'autres directeurs s'y succéder, la salle subissant en 1955 une rénovation complète qui la rebaptisa Comédie de Paris, puis Théâtre d'Essai, sans que cette quête d'identité ne parvienne à la fixer. La période la plus singulière fut sans doute celle des années 70. Après avoir flirté à nouveau avec la musique, l'édifice connut une sorte de déchéance programmatique, se transformant successivement en « Love-Théâtre » érotique, en club de strip-tease, puis en cinéma gay. Une trajectoire inattendue pour un monument d'architecture moderniste, illustrant les compromis financiers parfois obligés face aux vicissitudes du marché du spectacle. Il fallut attendre Gérard Maro en 1981 pour que le lieu retrouve une programmation théâtrale plus conforme à sa vocation première, alternant classiques et créations. Aujourd'hui spécialisée dans l'humour, la Comédie de Paris est une survivante, un caméléon culturel, dont la coque moderniste de Pingusson a su, avec une certaine résilience et une indéniable adaptabilité, contenir les multiples existences d'un espace théâtral parisien. Son histoire est celle d'une architecture conçue pour la fonction qui, contre toute attente, s'est vue offrir une multitude de fonctions, prouvant que la sobriété formelle peut parfois être la plus grande des libertés conceptuelles.