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Théâtre Daunou

Théâtre Daunou

7, 9 rue Daunou, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

Le Théâtre Daunou, discrètement inséré au 7 de la rue éponyme dans le second arrondissement de Paris, offre, dès sa conception en 1921, un exemple singulier d'une esthétique Art déco imprégnée de l'esprit des Années folles. Commandité par Jane Renouardt, figure alors notable du cinéma muet, cet édifice n'est pas seulement le fruit d'une commande architecturale confiée à Auguste Bluysen ; il est surtout le réceptacle d'une ambition décorative où l'on observe la nette influence du monde de la haute couture. Loin des façades parfois ostentatoires de certains de ses contemporains, l'intérêt du Daunou réside éminemment dans son articulation intérieure. L'architecte Bluysen a su, avec une certaine sagacité, organiser un espace théâtral de 450 places, propice à l'intimité requise pour la comédie légère dont il se fera majoritairement l'écrin. Cependant, c'est la collaboration entre la couturière Jeanne Lanvin et l'ébéniste-décorateur Armand Rateau qui imprime véritablement le caractère distinctif à ce lieu. Lanvin, dont l'acuité esthétique s'étendait au-delà de la mode vestimentaire, a su orchestrer une ambiance où le célèbre « Bleu Lanvin », teinte emblématique de sa maison, nappe l'espace, conférant une atmosphère douce et enveloppante. Cette couleur, devenue une signature, est rehaussée par des marguerites dorées à l'or fin, un motif certes charmant, mais dont la signification, un hommage à sa fille, révèle une touche de sentimentalité inattendue dans un contexte architectural. Une telle personnalisation du décor par une figure de la mode, en collaboration avec un maître de l'Art déco comme Rateau, témoigne d'une période où les frontières entre les arts appliqués et la grande architecture s'estompaient volontiers, pour le meilleur et pour le moins pertinent. L'inauguration du théâtre, le 30 décembre 1921, avec des œuvres légères et enjouées, s'inscrit parfaitement dans cette quête d'un divertissement élégant et accessible. L'édifice, malgré les vicissitudes de l'histoire théâtrale parisienne – dont un incendie qui le ravagea en décembre 1971, imposant une fermeture temporaire avant une réouverture en février 1973 – a conservé sa vocation principale. Cette résilience, presque obstinée, le verra changer de direction à plusieurs reprises, sans jamais dévier de sa fonction première d'accueillir des comédies, un genre qui, il faut le reconnaître, s'adapte avec une souplesse remarquable aux contraintes économiques et esthétiques des époques. Le Théâtre Daunou, par son histoire récente, s'inscrit également dans une dynamique collective, rejoignant en 2010 les « Théâtres Parisiens Associés », une initiative visant à consolider le modèle du théâtre privé. Cette démarche, plus pragmatique qu'artistique, souligne la nécessité d'une mutualisation des ressources face aux défis contemporains. L'acquisition des murs en 2020 par le Groupe 6e sens Immobilier, acteur spécialisé dans la restructuration immobilière, suggère une nouvelle phase de son existence, où la préservation de son cachet historique devra sans doute composer avec les impératifs de la rentabilité. C'est le destin, somme toute prévisible, de nombreux monuments parisiens qui, sous l'égide de l'Art déco, surent marier le fonctionnalisme à un luxe certes maîtrisé, mais dont la pérennité reste conditionnée par une capacité d'adaptation constante. Le Daunou, dans sa discrétion persistante, demeure ainsi un témoin silencieux d'une élégance d'antan, revisitée par les contingences du temps présent.