269-269bis rue Saint-Jacques, Paris 5e
L'édifice qui abrite aujourd'hui la Schola Cantorum, discret dans sa rue Saint-Jacques, est avant tout une sédimentation historique, un palimpseste architectural plutôt qu'une œuvre unifiée. Son aspect le plus immédiat, le petit pavillon de rue datant de 1785, se présente déjà comme le vestige d'une ambition inachevée, une sorte de prologue muet à un grand œuvre jamais réellement entamé par le prieur Walker, les événements révolutionnaires ayant interrompu ce qui aurait pu être un projet de reconstruction d'ampleur. Cette rupture initiale donne le ton à l'histoire complexe du lieu. L'installation, en 1640, de Bénédictins anglais fuyant les persécutions n'était qu'un début modeste, rapidement consolidé par le soutien d'Anne d'Autriche. Les campagnes de construction des années 1670, avec l'église dédiée à Saint Edmond, marquent l'apogée de sa vocation cénobitique. Le monastère devint alors un refuge éminent pour les Stuarts exilés, notamment le roi Jacques II, dont le corps y reposa temporairement, transformant le site en un lieu de pèlerinage pour l'aristocratie catholique anglaise. Ce rôle politique et religieux fut brutalement balayé par la Révolution, qui, avec une violence iconoclaste, profana la sépulture royale et convertit le monastère en prison, un destin des plus ironiques pour un lieu de spiritualité. L'institution, bien que restituée et placée sous la tutelle de l'État français, a connu par la suite une série de métamorphoses fonctionnelles des plus éclectiques : manufacture de coton, annexe de l'École Polytechnique, école de Marine… chaque occupation laissant son empreinte, parfois indélébile, sur l'ordonnancement originel. Architecturalement, cette stratification est palpable. La chapelle, par exemple, dont le portail à colonnes corinthiennes signalait jadis l'accès à un oratoire abritant le tombeau de Jacques II – et dont l'escalier extérieur a disparu – a subi une adaptation des plus pragmatiques. Son espace sacré est aujourd'hui décomposé en plusieurs niveaux superposés pour les nécessités acoustiques et fonctionnelles de l'école de musique. La voûte cintrée, qui fut le firmament de ce lieu de culte, abrite désormais une cacophonie organisée, témoignage d'une adaptation forcée où l'esprit du lieu s'est dilué dans la fonctionnalité. On observe une dialectique constante entre le plein du bâti et le vide des cours, articulant des époques distinctes. Au-delà de l'église, la deuxième cour est bordée d'un pavillon rocaille construit sous Louis XV par l'architecte Claude-Louis d'Aviler. Ce dernier, élève de Jules Hardouin-Mansart, y déploie une esthétique résolument différente des austères structures monastiques, avec ses mascarons sculptés et ses appuis de fenêtre en ferronnerie d'une finesse remarquable. L'intérieur révèle un salon Louis XV, paré de boiseries et d'une cheminée de marbre, qui constitue une précieuse survivance de l'ornementation d'époque, contrastant singulièrement avec la sobriété imposée par la fonction initiale du couvent. L'ensemble, inscrit aux monuments historiques depuis 1961, témoigne ainsi d'une résilience remarquable, mais aussi d'une démesure des transformations qui rendent l'interprétation de son identité originelle singulièrement complexe.