2 place Saint-Symphorien, Versailles
L'église Saint-Symphorien, modeste dans son assertion mais non moins significative, s'élève à Versailles, témoignage d'une transition stylistique sous le règne finissant de Louis XV. Cette commande royale, destinée à servir le quartier de Montreuil, fut confiée à Louis-François Trouard, architecte formé à l'école romaine, qui en conçut les plans entre 1764 et 1770, période charnière où les fantaisies du Rococo cédaient progressivement la place à l'ordonnancement rigoureux du néoclassicisme. Trouard, élève de Gabriel et lauréat du prestigieux Prix de Rome, avait été profondément marqué par l'Antiquité et la Renaissance italienne. L'édifice qu'il proposa, d'une forme inspirée des basiliques romaines, s'inscrit pleinement dans ce courant, privilégiant la symétrie, une composition claire et une certaine gravité formelle. On y discerne l'abandon des courbes sinueuses au profit d'une géométrie plus stricte, où l'élégance réside dans la proportion plutôt que dans une ornementation exubérante. L'intérieur, bien que sans les fastes des chapelles royales, reflète cette quête de pureté. L'autel en forme de sarcophage antique, offrande des paroissiens, est un détail éloquent de cette esthétique, puisant son inspiration dans les motifs funéraires de l'Antiquité, une mode intellectuelle alors en vogue. Les matériaux, vraisemblablement la pierre calcaire locale, confèrent à l'ensemble une dignité sobre, éloignée des marbres polychromes des siècles précédents. La consécration de l'église, survenue singulièrement tardivement en 1934, près de cent soixante ans après son achèvement, intrigue et suggère peut-être une histoire complexe, faite d'usages fluctuants ou de reconnaissances officielles différées. Mais au-delà de ces considérations institutionnelles, l'édifice fut un lieu de vie pour la communauté. C'est ici, en 1789, année charnière s'il en fut, que l'obscur Jacques Bosson unit sa destinée à celle de Marie-Françoise, sa promise suisse. Une union modeste célébrée dans un cadre dessiné par la volonté royale, illustrant la coexistence des grands récits et des petites histoires. Inscrite au titre des monuments historiques en 1953, l'église Saint-Symphorien ne prétend pas à la grandeur des cathédrales, mais elle offre un aperçu précieux de l'évolution du goût architectural français à la veille d'une époque de profonds bouleversements. Elle est une pierre angulaire discrète, mais non moins essentielle, du patrimoine versaillais, ancrée dans son quartier de Montreuil, perpétuant ainsi une tradition cultuelle ancestrale remontant au VIe siècle, même si l'édifice actuel est bien sûr de facture plus récente.