24, 26 rue Champ-Lagarde Villa Champ-Lagarde, Versailles
Le Domaine de Montreuil, bien que l'on puisse y voir la trace d'une seigneurie médiévale et d'une ferme monastique, s'est véritablement affirmé comme une propriété d'agrément au XVIIIe siècle, reflétant les aspirations d'une certaine aristocratie et la propension royale à créer des refuges intimes. Ce n'était pas une forteresse ostentatoire, mais plutôt un cadre pour des douceurs de vivre, une intention que l'acquisition par le Prince de Rohan-Guéméné en 1772, et les travaux confiés à Alexandre-Louis Étable de La Brière, avaient déjà clairement établie. Lorsque Louis XVI acquiert le domaine en 1783 pour sa sœur Madame Élisabeth, à la suite de la retentissante faillite des Guéméné – un détail financier souvent déterminant dans l'évolution des propriétés d'envergure – il ne s'agissait pas d'une commande architecturale vierge. Marie Antoinette, offrant ce lieu en surprise, soulignait déjà le caractère personnel et affectif de cette résidence, loin des rigidités de la cour de Versailles. L'architecte Jean-Jacques Huvé, futur édile de Versailles, fut alors chargé, de 1787 à 1789, d'en remodeler les édifices dans le style néo-classique alors en vogue. L'on y discerne des corps de logis d'une sobre élégance, où la pierre de taille, rehaussée de refends horizontaux, confère une certaine dignité sans lourdeur, l'ensemble étant coiffé de combles brisés, une silhouette caractéristique de l'époque. Huvé y introduisit des éléments d'un raffinement conceptuel certain, tels qu'une chapelle sur plan circulaire dont l'éclairage zénithal, une configuration prisée à l'époque, invitait à une contemplation intérieure dégagée des contraintes visuelles latérales. On y aménagea aussi un boudoir turc, une coquetterie exotique révélatrice des curiosités décoratives de la fin du siècle. Le mobilier commandé aux ébénistes Sené et Boulard, dont quelques pièces ont échappé à la dispersion révolutionnaire pour résider aujourd'hui au Louvre et au musée Nissim-de-Camondo, témoigne d'une exigence de qualité pour cet écrin princier. À l'extérieur, le parc de huit hectares, dessiné par Huvé, adoptait le goût anglo-chinois. Ce style, cherchant à imiter une nature pittoresque et capricieuse avec ses grottes factices, ses cours d'eau serpentins, ses cascades simulées et ses ponts, offrait une mise en scène élaborée de la campagne idéale, une sorte de théâtre de verdure où chaque élément était pensé pour surprendre et charmer le promeneur. Le mur de clôture le long de l'avenue de Paris, couronné d'une balustrade, n'était pas qu'une simple limite, mais une terrasse d'où l'on pouvait jouir de vues sur ce paysage savamment ordonnancé. Fait notable, Madame Élisabeth, animée d'un sens pratique et charitable, y établit un dispensaire pour les nécessiteux, soignés par le botaniste Louis Guillaume Le Monnier qui enrichit le potager de plantes rares, mêlant ainsi le plaisir botanique à l'utilité sociale, une singularité pour une résidence royale. Les tourments de la Révolution mirent un terme abrupt à cette quiétude. La propriété fut épargnée du morcellement excessif, passant ensuite entre les mains de la famille Clausse. Les bâtiments ont subi des transformations sensibles, probablement durant la Restauration ou la Monarchie de Juillet, altérant l'empreinte initiale d'Huvé pour lui conférer sa configuration actuelle. Il en résulte un corps de logis principal, flanqué de pavillons, où un péristyle à quatre colonnes agrémente la façade. De l'appartement de Madame Élisabeth, il ne subsiste que quelques pièces emblématiques, dont le salon turc et la salle du clavecin, ainsi qu'une chambre qu'elle n'occupa jamais, la jeune princesse étant tenue de regagner Versailles chaque soir. Cette maison, désormais propriété du conseil départemental des Yvelines, et dont l'orangerie est classée au titre des monuments historiques, est un témoignage d'une architecture de transition, entre la splendeur éphémère d'une cour et les réappropriations successives, offrant plus un miroir des évolutions stylistiques et sociales qu'un manifeste architectural pur. Le poète Jacques Delille avait sans doute perçu cette grâce particulière en écrivant que Les Grâces, en riant, dessinèrent Montreuil, une formule qui masque la complexité de son histoire.