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Passage Choiseuletpassage Sainte-Anne

Passage Choiseuletpassage Sainte-Anne

23 rue Saint-Augustin 40 rue des Petits-Champs 6 à 46 rue Dalayrac 59, 61 rue Sainte-Anne, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

Le Passage Choiseul, et son corollaire le Passage Sainte-Anne, incarnent à merveille cette propension du XIXe siècle parisien à marier l'audace financière à une architecture de circonstance. Né entre 1825 et 1827 de l'initiative spéculative de la banque Mallet et Cie, ce corridor marchand devait s'insérer dans un quadrilatère plus vaste, promis à la démolition de plusieurs hôtels particuliers. Le projet, d'une ambition urbaine significative, fut pourtant bousculé par l'avènement inattendu du théâtre de l'Opéra-Comique, laissant le passage comme seul vestige bâti d'un plan initialement plus grand. Une certaine économie de moyens, ou peut-être une pragmatique adaptation aux contingences, conditionna dès lors sa réalisation. Les plans initiaux furent l'œuvre de François Mazois, mais le sort voulut qu'il ne vît point l'achèvement de son travail, cédant la place à Antoine Tavernier, qui non seulement compléta l'édifice mais y adjoignit également le Passage Sainte-Anne, assurant une connexion supplémentaire. Long de cent quatre-vingt-dix mètres et d'une largeur modeste de trois mètres soixante-dix, il se déploie comme une enfilade d'arcades sur pilastres, où le rez-de-chaussée et l'entresol sont dévolus au commerce, tandis que les étages supérieurs conservent une vocation résidentielle. L'architecture intérieure, discrètement ornée, révèle des pans de bois et des pilastres, imitant le marbre, une coquetterie de l'époque qui, sous des atours classiques, trahit une ingénieuse économie de matériaux. La verrière, élément essentiel de ces galeries, fut remplacée en 1907, puis restaurée avec les marquises et le sol entre 2012 et 2019, tentant de lui restituer une prestance quelque peu altérée par les affres du temps. Cet espace liminal, à la fois intérieur et ouvert sur la vie urbaine, connut une trajectoire fluctuante. Après une période de relatif désintérêt, caractéristique de nombreux passages parisiens, il fut singulièrement revigoré au début des années 1970 par l'implantation de la boutique avant-gardiste du couturier Kenzo, attirant une clientèle inattendue et, pour un temps, relançant sa fréquentation. Ironie de l'histoire, cet élan fut de nouveau mis à l'épreuve par le déménagement du créateur. Mais au-delà des fluctuations commerciales, le Passage Choiseul possède une riche sédimentation culturelle. Il fut le creuset littéraire des poètes parnassiens, avec la boutique d'Alphonse Lemerre au numéro 23. Louis-Ferdinand Céline, qui y passa une partie de son enfance, en a brossé un portrait saisissant de décrépitude sous le nom de « passage des Bérésinas » dans *Mort à crédit*, offrant une vision contrastée de sa splendeur initiale. L'œuvre de Zola, *Au Bonheur des Dames*, souligne également son intégration dans les usages quotidiens de la capitale. Ainsi, le passage Choiseul, inscrit aux monuments historiques depuis 1974, demeure un témoignage éloquent des compromis entre l'utopie commerciale et la réalité architecturale parisienne.