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Chapelle des Pénitents noirs

Chapelle des Pénitents noirs

6 rue du Bon-Jésus, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

La Chapelle des Pénitents noirs, sise rue du Bon-Jésus à Marseille, offre un cas d'étude intrinsèquement fascinant quant à la mutabilité des édifices et la persistance des affections. Son origine remonte à 1591, lorsque la confrérie du Saint-Nom de Jésus, communément désignée les Bourras en raison de l'humble bure de leurs accoutrements, fut établie. Les critères d'admission étaient d'une rigueur édifiante, exigeant des postulants une probité irréprochable, excluant sans ménagement cabaretiers, blasphémateurs et concubinaires, à moins d'une conversion manifeste. Leur mission première, des plus singulières, consistait à apporter consolation et accompagnement aux condamnés à mort, veillant même à leur sépulture. Un destin peu commun pour un édifice cultuel, déjà teinté d'une certaine gravité. L'édification de la chapelle elle-même fut achevée en 1597, une construction sobrement fonctionnelle, typique des aspirations confrériques de l'époque, qui privilégiaient l'usage à l'ornementation fastueuse. L'histoire de cette confrérie fut d'emblée marquée par des turbulences, son fondateur, Antoine Mascaron, ayant été lui-même écarté après l'assassinat de Charles de Casaulx, une ombre précoce sur l'institution. Au fil des siècles, l'édifice connut des métamorphoses notoires. Confisquée durant la Révolution, elle fut délestée de sa vocation sacrée pour servir de simple entrepôt avant d'être ironiquement convertie en tribunal révolutionnaire en 1793, un exemple flagrant de la désacralisation et de la réaffectation forcée des biens ecclésiastiques. Vendue en 1802, puis rachetée, en état de décrépitude avancée, par les Bourras en 1816, elle retrouva alors sa fonction initiale, témoignant de la ténacité de ses dévots. La fusion en 1892 avec la confrérie des Pénitents noirs, dont elle adopta le nom et le costume, marqua une nouvelle étape identitaire. Mais son épisode le plus surprenant survint lors de la Seconde Guerre mondiale, lorsque, tirant parti de leur rôle traditionnel de visiteurs de prison, des membres de la confrérie facilitèrent la communication avec les résistants détenus, offrant à ce lieu de recueillement une dimension inattendue de résistance civique. Après l'extinction de la confrérie en 1960 avec le décès du dernier prieur, L. Fontanier, qui avait sagement confié les collections au Musée du Vieux Marseille, la chapelle connut de nouvelles infortunes. En 1968, elle fut transformée en dortoir pour travailleurs, une utilisation des plus prosaïques pour un lieu sacré, précipitant son délabrement et le vol de ses boiseries. Finalement acquise par le Comité du Vieux-Marseille puis cédée à une association, elle fut, après d'importants travaux bénévoles, rendue au culte catholique traditionnel. Cet itinéraire mouvementé, de la piété austère des Bourras aux machinations révolutionnaires, en passant par le soutien discret à la Résistance et la déchéance en dortoir, révèle une architecture qui, bien que modeste dans sa forme, a su incarner les soubresauts de l'histoire marseillaise, une simple enveloppe de pierre témoignant d'une richesse d'usages et de conflits bien supérieure à ce que sa façade ne laisserait deviner.