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Pension Belhomme

Pension Belhomme

161 rue de Charonne, Paris 11e

L'Envolée de l'Architecte

L'ensemble de bâtiments connu sous le nom de Pension Belhomme, naguère sis rue de Charonne, n'offrait pas, à première vue, une architecture d'éclat. Son histoire relève davantage des vicissitudes humaines que d'une quelconque prouesse constructive. Initialement, vers 1765, cette modeste entreprise d'un menuisier, Jacques Belhomme, se muait en une pension pour déments et vieillards, une typologie d'établissement aux confins du caritatif et du pragmatisme vénal. C'est dans ce cadre, marqué par la précarité fonctionnelle de ses origines, que Philippe Pinel, figure tutélaire de la psychiatrie moderne, fit ses premiers pas, conférant a posteriori une certaine dignité à ces murs destinés à l'enfermement des esprits égarés. L'agencement, probablement rudimentaire, visait avant tout l'utilité, la surveillance et l'isolement, bien loin des préoccupations esthétiques de l'époque. Cependant, la Révolution, et plus particulièrement la loi des suspects de 1793, allait transformer cet établissement singulier en une sorte de microcosme social, un carrefour inattendu. Les prisons parisiennes étant saturées, l'État réquisitionna des cliniques privées, et la Pension Belhomme, dotée de ses indispensables barreaux, fut parmi les premières. Jacques Belhomme, opportuniste éclairé, s'entendit alors avec les autorités pour y accueillir des détenus fortunés. Le lieu devint, de fait, une prison de luxe où marquises, banquiers et hommes de lettres, dont l'avocat Linguet – ironiquement lui-même ancien pensionnaire de la Bastille – côtoyaient les aliénés, cherchant à monnayer un relatif confort face à la guillotine. Pour accompagner cette ascension cynique, Belhomme acquit l'hôtel de Chabanais, confisqué à un émigré, ajoutant à son périmètre bâti une demeure qui, bien que plus prestigieuse, fut, par la suite, irrémédiablement rasée en 1972, et ce malgré son inscription aux monuments historiques, témoignage amer des compromis urbains du XXe siècle. Le scandale éclata en 1794, précipitant Belhomme lui-même derrière les barreaux, une chute ironique qui n'épargna pas le créateur de cette singulière institution. Si la majeure partie des édifices d'origine a disparu sous la pioche des démolisseurs pour laisser place à une construction moderne, un pavillon néoclassique flanqué de deux ailes, rescapé du domaine initial, subsiste aux 157-161, rue de Charonne. Converti en centre communal d'action sociale, il offre une réaffectation modeste et pragmatique, loin des drames et des fortunes qui s'y jouèrent. Le parc originel est aujourd'hui le square Colbert, offrant une respiration urbaine là où s'entremêlaient jadis la folie et la terreur. La réception de l'œuvre architecturale, si tant est qu'il y en eût, s'efface devant la richesse de son destin. La Pension Belhomme, bien que physiquement effacée, demeure ainsi un palimpseste urbain vibrant dans la mémoire littéraire et cinématographique, ultime consécration d'un lieu dont la véritable architecture fut celle des destinées humaines qu'il abrita.