13 quai Turenne, Nantes
L'immeuble Perraudeau, érigé au milieu du XVIIIe siècle sur le quai Turenne, incarne une certaine ambition nantaise, s'inscrivant dans la singulière entreprise d'urbanisme que fut le remblaiement et le lotissement de l'île Feydeau. Ce projet colossal, débuté en 1723, fut d'abord encadré par les directives strictes de l'ingénieur Jacques Goubert, avant qu'une liberté architecturale accrue ne s'installe après 1743. C'est dans ce contexte que François Perraudeau, architecte et homme d'affaires, acquit en 1752 le lot numéro dix avec le sénéchal René Leroux. Ils y construisirent des immeubles de rapport, astucieusement conçus autour d'une cour commune, afin de loger une clientèle de négociants aisés et de rentiers, désireux d'afficher une certaine respectabilité bourgeoise. L'édifice présente une façade néo-classique classique, sobrement parée de tuffeau et de granit. Le rez-de-chaussée est animé par des ouvertures à arcades de plein cintre, éclairant également un entresol, tandis qu'un balcon sur consoles orne le premier étage, sous un fronton triangulaire prévisible pour l'époque. Cependant, cette façade ordonnancée dissimule les défis structurels posés par un sol capricieux. Les murs, tant de façade que mitoyens, furent assis sur des pilotis de chêne, et les murs intérieurs sur un système de grille, attribué à l'architecte Pierre Rousseau. Malgré ces précautions, l'immeuble « joua », terme pudique désignant les mouvements structurels dès son élévation. Les « correctifs » visibles sur la façade même témoignent des ajustements, parfois rudimentaires, rendus nécessaires par l'instabilité du terrain. Cette contrainte fondamentale révèle une certaine vanité de l'ingénierie face à la nature, où l'élégance formelle masque une lutte acharnée pour la stabilité. L'inscription de ses façades et toitures aux monuments historiques en 1984 confirme néanmoins l'intérêt patrimonial de cette œuvre, nonobstant ses faiblesses constructives qui, paradoxalement, racontent aussi une part de son histoire.