22-28 bis avenue Honoré-Serres, Toulouse
La Maison des Verrières, connue sous l'appellation plus formelle de Castel-Gesta, est un exemple éloquent des aspirations éclectiques de l'architecture bourgeoise du XIXe siècle. Érigée par Louis-Victor Gesta, un maître verrier toulousain à la fortune certaine, cette villa castellisée est un pastiche assumé d'une forteresse médiévale, se distinguant par sa façade néo-gothique, ses trois tourelles – deux en encorbellements et une tour d'escalier hexagonale – et ses fenêtres en ogives. L'originalité réside moins dans une invention formelle que dans le réemploi astucieux d'éléments décoratifs des XVe et XVIe siècles, visibles notamment dans ses gargouilles et son fronton, conférant à l'ensemble une patine d'authenticité factice. Ce n'était pas seulement une demeure, mais un vaste complexe industriel et artistique. Gesta y avait établi ses ateliers de vitraux, qui comptaient parmi les plus importants de France, exportant leurs œuvres partout. Un bâtiment d'exposition, également de style médiéval, présentait ses créations avec un succès remarquable, surtout auprès du clergé. Le parc environnant, lui-même, exposait des sculptures médiévales authentiques, transformant le lieu en un musée à ciel ouvert. Le château lui-même, érigé ultérieurement, abritait deux salles d'exposition remarquables : la Chapelle, ornée par Joseph Angalières, et la Salle des Illustres, célébrant les figures toulousaines admirées par Gesta sous les pinceaux de Bernard Bénézet. Après la faillite de son créateur et son décès en 1894, l'édifice connut une succession d'usages souvent peu respectueux de sa vocation première. Des religieuses y accueillirent des réfugiés, allant jusqu'à déposer des vitraux et badigeonner les peintures murales pour un éclairage plus fonctionnel. L'acquisition par l'État pour en faire un lycée professionnel mena à l'ajout de cages d'escalier extérieures et de rampes de fer, altérant sans ménagement sa silhouette. Même la Mairie de Toulouse, propriétaire ultérieure, et l'éphémère présence d'une classe d'orgue, ne purent empêcher un incendie dévastateur dans la Salle des Illustres, ni une transformation temporaire en caserne pour la police nationale. L'histoire la plus sombre reste celle de la vaste escroquerie de 2004, où le monument, pourtant classé, fut le pivot d'un montage financier frauduleux. Les fonds s'évanouirent, les travaux de réhabilitation promis en logements de standing ne virent jamais le jour, et l'édifice, selon les inspecteurs des Monuments historiques, subit alors des dommages jugés irréparables. Depuis 2014, une restauration extérieure s'est engagée, visant à lui restituer un semblant de son lustre d'antan, avant une reconversion immobilière. Une fin des plus pragmatiques pour cette curiosité architecturale, témoin des ambitions et des déconvenues de son époque.