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Hôtel de Soyecourt ou Pozzo di Borgo

Hôtel de Soyecourt ou Pozzo di Borgo

51 rue de l'Université, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Maisons, plus communément connu sous les patronymes successifs de Soyecourt ou Pozzo di Borgo, incarne à merveille la nature protéiforme de l'architecture parisienne, souvent moins le fruit d'une vision monolithique que la résultante d'ambitions successives et de transactions financières. Élevé dès 1706 sous l'impulsion de François Duret, président du Grand Conseil, ce bâtiment est d'emblée une opération immobilière astute. Duret, véritable maître d'œuvre spéculatif, faisait appel à des architectes de renom comme Pierre Cailleteau, dit Lassurance, pour concevoir des hôtels qu'il revendait quasi achevés, transformant ainsi les terrains du lotissement de l'ancien Pré-aux-Clercs en un faubourg Saint-Germain prisé par l'aristocratie et la haute bourgeoisie. Lassurance, figure de la transition entre la grandeur du règne de Louis XIV et la finesse de la Régence, dessine ici un hôtel particulier typique de l'époque, privilégiant l'élégance discrète à l'ostentation. Le destin de l'édifice est ensuite une suite de superpositions. À peine sorti de terre, en 1707, il est acquis par le marquis de Maisons, qui y exige d'importantes modifications, soulignant la plasticité de ces demeures. C'est cependant entre 1749 et 1751, sous l'égide du marquis de Soyecourt, que l'intérieur connaît une métamorphose significative. Pierre Mouret dirige les travaux, mais ce sont les boiseries du grand salon, sculptées par Jacques Verberckt, avec l'apport probable de Jean Liottier, qui marquent l'apogée du raffinement rocaille. Ces décors intérieurs, où la fantaisie et l'asymétrie adoucissent les lignes, contrastent avec la relative sobriété des façades et illustrent parfaitement la dialectique entre l'apparat extérieur et l'intimité précieuse des salons de l'époque. Une autre énigme architecturale réside dans le portail érigé entre 1783 et 1784, longtemps attribué à Claude-Nicolas Ledoux. Cette attribution, même sujette à caution, est fascinante. L'intervention d'un tel architecte, figure majeure du néoclassicisme visionnaire, aurait introduit une gravité et une monumentalité épurée en net décalage avec l'esprit rocaille des intérieurs. Cela témoigne d'une volonté constante de mise à jour stylistique, le bâti devenant un palimpseste des modes et des goûts. Le XIXe siècle, par l'intermédiaire de Joseph-Antoine Froelicher pour la famille Pozzo di Borgo, ajoutera une nouvelle strate à cette histoire architecturale. La période contemporaine de l'hôtel est tout aussi révélatrice des vicissitudes du patrimoine parisien. Divisé en appartements, il fut le théâtre d'une transaction notoire et, pour tout dire, controversée en 2010. L'une de ses parties fut durant plus de trente ans la résidence de Karl Lagerfeld, cet arbitre des élégances, dont la présence conférait à l'édifice une aura certaine. Son départ pour d'autres rives et la vente ultérieure, pour un montant vertigineux de 74 millions d'euros au président gabonais Ali Bongo, dans des circonstances que d'aucuns qualifient de troubles, souligne que ces demeures, au-delà de leur valeur intrinsèque, demeurent des enjeux de pouvoir et de fortune. L'hôtel Pozzo di Borgo, inscrit au titre des monuments historiques depuis 1926, est ainsi bien plus qu'une simple architecture ; il est un récit continu des adaptations, des élégances et des spéculations qui animent l'histoire de Paris.