Bréançon
D'emblée, l'église Saint-Crépin-Saint-Crépinien de Bréançon, posée au cœur du Vexin français, déroute par sa façade occidentale. Réalisée en 1774, elle affiche une sobriété néo-classique qui masque l'authenticité de son corps de nef, pourtant résolument gothique. Cette discordance stylistique est l'un des charmes singuliers de cet édifice, témoin d'interventions successives et de compromis. Les parties orientales, chœur et croisée du transept, édifiées entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe, révèlent une transition où les chapiteaux, ornés de feuilles d'eau et d'acanthe, trahissent la fin du roman et l'émergence du gothique primitif. Le transept, notamment, présente un ordonnancement des supports de voûtes qui s'écarte des conventions habituelles, avec des doubleaux inférieurs aux voûtes qu'ils supportent, créant une superposition de forces architecturales. Les piliers des grandes arcades de la nef, conservés malgré la refonte du XVIIIe siècle, sont surmontés de blocs moulurés en lieu et place de chapiteaux, accentuant une impression de planéité que l'on retrouve dans d'autres édifices de la région. Les ogives et les doubleaux des voûtes, par leurs profils délicats – tore en amande entre cavets pour les premières, filet entre tores pour les seconds – confirment une datation gothique primitive, démentant toute influence flamboyante post-guerre de Cent Ans. Les formerets, eux, par leur simplicité, semblent avoir été refaits lors de cette campagne de 1774, où les bas-côtés virent leurs fenêtres en lancette remplacées par des oculi, réduisant singulièrement la luminosité intérieure et plongeant la nef dans une pénombre méditative. À l'extérieur, le clocher central, dont l'étage de beffroi fut intégralement réinventé en 1894 par l'architecte Yolland, tente de retrouver une silhouette emblématique. Ses baies géminées, si elles s'inspirent du roman par leur plein cintre, révèlent une interprétation gothique dans le détail des chapiteaux, suggérant une vision romantique de l'architecture médiévale. Une tête d'homme sculptée sur le trumeau méridional pourrait être une discrète effigie de l'un des artisans de cette reconstitution. L'intérieur de l'église recèle des trésors parfois malmenés par le temps ou des restaurations moins heureuses. Les fonts baptismaux du XVIe siècle, remarquablement sculptés de motifs floraux délicats, côtoient une Vierge à l'Enfant du XIVe, dite Marguerite, dont la restauration maladroite a irrémédiablement altéré l'authenticité originelle. Le tabernacle à ailes, œuvre baroque du XVIIe siècle provenant d'Argenteuil, se distingue par l'exubérance de ses bas-reliefs dorés, illustrant avec une richesse variée des épisodes bibliques, mais dont la juxtaposition iconographique manque, il faut l'admettre, d'une cohérence théologique évidente. Il est à noter qu'un tableau de l'Assomption de Marie, œuvre de la princesse Louise-Hollandine-Marie de Bavière-Palatinat, abbesse de Maubuisson, fut confié au Louvre pour restauration vers 1937 et malheureusement perdu lors des aléas de la Seconde Guerre mondiale, ajoutant une touche de mélancolie à l'inventaire de ce patrimoine. Ainsi, l'église de Bréançon se présente comme un organisme vivant, marqué par les strates du temps, les volontés successives des hommes, et les vicissitudes de l'histoire, offrant une expérience architecturale complexe, faite d'échos et de dissonances.