85 rue du Cherche-Midi, Paris 6e
Ah, le musée Hébert de Paris. Un nom désormais teinté d'une mélancolie toute parisienne, celui d'un hôtel particulier du XVIIIe siècle, sis au 85, rue du Cherche-Midi, qui fut un temps le réceptacle des réminiscences d'un peintre. L'édifice, connu modestement comme le « petit hôtel de Montmorency » pour éviter toute confusion avec un voisin plus imposant, n'est pas né d'un geste architectural unifié. Il se constitua, nous dit-on, en 1743, par le patient — ou opportuniste — « rassemblement de plusieurs maisons ». Cette genèse fragmentée trahit une architecture pragmatique, évoluant par ajouts et réappropriations successives, loin des audaces des grands ordonnancements classiques qui prévalaient alors. Ses façades sur rue, pourtant, se virent accorder l'honneur d'une protection au titre des monuments historiques dès 1926, témoignage d'une certaine valeur patrimoniale et d'une esthétique consensuelle, quand bien même l'intérieur allait connaître une fortune plus contrariée. Ce cadre XVIIIe devint, par une généreuse impulsion de René Patris-d'Uckermann en 1978, l'écrin monographique d'Ernest Hébert. Peintre du Second Empire et de la Troisième République, Hébert, dont l'œuvre, notamment ses portraits mondains, s'inscrit dans une tradition académique de son temps, trouva là une postérité curieuse. L'intention était louable : préserver la mémoire de l'artiste et son fonds d'atelier, offrant ainsi au public une fenêtre sur un pan de l'art officiel du XIXe siècle, souvent plus décoratif qu'audacieux. Mais l'histoire de ce musée, labellisé « Musée de France », est surtout celle d'une dissolution progressive. Rattaché au musée d'Orsay en 2004, puis à l'Établissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie, l'hôtel particulier, vaste de 2 000 m², révéla une dégradation structurelle avancée. La fermeture, d'abord annoncée comme temporaire, s'est muée, au début des années 2020, en un arrêt définitif. C'est ici que l'anecdote prend le pas sur la simple description architecturale : le donateur, visionnaire peut-être, mais aveugle aux méandres administratifs, avait inclus dans sa donation des immeubles de rapport, censés assurer le financement du musée. Or, dans un exemple édifiant de découplage bureaucratique, ces biens générateurs de revenus furent attribués à la Fondation de France, tandis que la charge du musée incombait à Orsay. Une dissociation qui, selon Colette de Wiljes, fut fatale. Le budget des travaux, colossal, a eu raison de l'ambition, laissant le bâtiment dans un état de quasi-abandon, dont les collections, destinées à la dispersion vers d'autres institutions, porteront désormais le témoignage silencieux. Ainsi, cet hôtel, qui avait survécu aux siècles et trouvé une seconde vocation muséale, se voit finalement vaincu non par le temps, mais par la complexité de l'administration et les coûts de sa propre préservation. Un sort ironique pour un lieu voué à la mémoire, dont l'héritage le plus tangible est aujourd'hui une leçon de prudence quant aux grandes donations et aux espoirs qu'elles portent. Le « gâchis », pour reprendre un terme populaire, est patent.