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Ancienne propriété Gillet

Ancienne propriété Gillet

25 rue Chazière, 4e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'Ancienne propriété Gillet, aujourd'hui Villa Gillet, n'est pas tant une icône architecturale qu'un témoignage éloquent de la mutation des patrimoines industriels et de la plasticité du bâti bourgeois lyonnais. Érigée en 1912 par Joseph Folléa, un architecte local dont l'œuvre reflète souvent un éclectisme modéré, cette demeure fut la résidence emblématique d'une famille d'industriels de la teinture, les Gillet. Sa position sur les hauteurs, au cœur du parc de la Cerisaie, n'était pas fortuite; elle offrait à ses occupants une vue imprenable sur leurs usines établies en bord de Saône, sur l'ancien quai de Serin. Une proximité fonctionnelle et hiérarchique, révélatrice des mœurs patronales du dix-neuvième et début du vingtième siècle, où l'on veillait à la fois sur la production et sur la maisonnée. L'édifice, sobrement orné d'une frise animalière peinte par Louis Bardey en 1913, affichait une certaine discrétion dans son apparat, préférant la solidité et le confort à l'ostentation flamboyante. Il s'agissait avant tout d'une expression de la réussite économique, traduite dans la pierre avec une dignité certaine. Le volume, classique dans ses proportions, s'inscrit dans une tradition résidentielle qui privilégie l'ordonnancement clair des façades et une distribution intérieure répondant aux codes sociaux de l'époque. Après la disparition de Paul Gillet en 1976, la villa fut cédée à la Ville de Lyon, amorçant une seconde vie, celle d'une institution culturelle. Cette transformation est en soi remarquable. D'un espace privé et domestique, elle est devenue, dès 1987, une Maison européenne et internationale des écritures contemporaines, un lieu de dialogue ouvert sur le monde. Elle offre désormais ses salons et son théâtre à des conférences, des débats et des lectures, accueillant une pléthore d'écrivains et penseurs de renom, y compris plusieurs Prix Nobel de littérature. Ses festivals, tels que Littérature Live et Mode d'emploi, en font un carrefour intellectuel international, bien au-delà des ambitions initiales de ses bâtisseurs. Cette conversion illustre la capacité d'un édifice à transcender sa vocation première pour s'adapter aux nécessités de l'esprit public. Il est intéressant de noter que même cette noble mission ne l'a pas exempte des contingences matérielles. Un rapport de la Chambre régionale des comptes en 2016 révéla des ajustements nécessaires dans sa gestion, une péripétie qui rappelle que l'idéal culturel, même dans un cadre aussi distingué, doit composer avec des réalités plus prosaïques. La Villa Gillet demeure ainsi un lieu où l'héritage architectural, inscrit au titre des monuments historiques en 2015, se conjugue avec une vitalité intellectuelle constante, prouvant qu'un bâtiment peut servir d'écrin aussi bien à la fortune industrielle qu'à la richesse de la pensée.