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Regard des Maussins

Regard des Maussins

Boulevard Sérurier, Paris 19e

L'Envolée de l'Architecte

Bien des vestiges de notre ingénierie hydraulique médiévale s'offrent à l'œil averti, non point comme des prouesses architecturales ostentatoires, mais plutôt comme de modestes témoignages d'une fonctionnalité essentielle. Le Regard des Maussins, ou Moxins, comme l'histoire le nommait parfois, en est une illustration éloquente, un humble affleurement d'un système souterrain bien plus vaste et vital. Situé désormais à l'intersection du boulevard Sérurier et de l'avenue de la Porte-des-Lilas, il se dresse, relique déplacée, dans le paysage urbain du 19e arrondissement. Son architecture, si l'on ose user d'un terme aussi noble pour un tel objet, se résume à une sobriété lapidaire : un volume parallélépipédique, entièrement en pierre de taille, coiffé d'une toiture à quatre pans, elle aussi en pierre. Point d'ornementation superflue, point de geste esthétique gratuit ; l'utilité prime, manifeste et robuste, dans ce dispositif maçonné dont la vocation première est l'inspection des conduits souterrains des Eaux du Pré-Saint-Gervais. Cet ouvrage tire ses origines du Moyen Âge, période où la captation et l'acheminement de l'eau constituaient un défi majeur pour l'expansion urbaine. Les sources de la colline des Lilas, jadis d'une pureté enviée, alimentaient par ce réseau le prieuré Saint-Lazare à Paris, institution religieuse dont l'importance croissait. Sa rénovation au XVIIIe siècle, sans doute pragmatique et respectueuse de sa morphologie originelle, atteste de la pérennité de sa fonction. Que dire de son classement au titre des monuments historiques en 1899, sinon qu'il révèle une prise de conscience tardive de la valeur patrimoniale de l'ingénierie utilitaire, une reconnaissance de l'histoire inscrite dans la pierre, même la plus modeste ? L'histoire la plus singulière de ce regard demeure toutefois son exil. Originellement implanté 350 mètres plus au nord, sur l'ancienne commune du Pré-Saint-Gervais, il fut délocalisé en 1963. Un déménagement de cette envergure, pour une entité aussi ancrée dans son site originel, souligne le pragmatisme parfois brutal des aménagements urbains du XXe siècle. Les impératifs du boulevard périphérique, mastodonte de béton ceinturant la capitale, et la construction du réservoir des Lilas eurent raison de son immobilité séculaire. Ce transfert, s'il a sauvé l'édicule de la destruction, l'a néanmoins extrait de son contexte géographique et historique immédiat, le transformant d'un élément fonctionnel discret en un objet de curiosité, une sorte d'artefact en sursis. Il demeure un témoin silencieux des flux et reflux de la vie parisienne, rappelant que même les ouvrages les plus modestes peuvent porter le poids d'une histoire complexe et les cicatrices des transformations urbaines.