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Musée de l'Œuvre Notre-Dame

Musée de l'Œuvre Notre-Dame

3, place du Château, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Le Musée de l'Œuvre Notre-Dame, à Strasbourg, présente un cas d'étude architectural singulier, où l'édifice lui-même participe pleinement à la narration historique. Il ne s'agit pas d'une construction unitaire, mais d'une cohabitation architecturale réfléchie, issue de la perpétuation de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame, gardienne de la cathédrale. L'aile gothique, identifiable à son pignon à redents de 1347, répond à l'aile Renaissance de 1579, œuvre de Hans Thoman Uhlberger, ornée de son pignon à volutes, de son escalier en vis et d'un portail affirmé. Cette juxtaposition des époques n'est pas fortuite, mais le témoignage d'une histoire constructive en strates, un pragmatisme fonctionnel qui s'est plié aux besoins et aux styles successifs sans jamais renier la mission originelle du lieu. Le musée, tel qu'il se déploie aujourd'hui, est le fruit d'une fusion opérée en 1931 par l'historien d'art Hans Haug, visionnaire d'une muséographie moderne. Haug ne cherchait pas une simple juxtaposition d'objets, mais une immersion, un « musée d'ambiance » où l'œuvre d'art et son contenant architectural se répondaient. Il y a là une intention scénographique où chaque salle, chaque recoin, évoque un pan de l'histoire des arts du Rhin supérieur, de la haute période médiévale jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Les collections révèlent cette exigence d'authenticité et de profondeur. Les dessins d'architecture, dont ceux d'Erwin de Steinbach ou d'Ulrich d'Ensingen, constituent un trésor rare, scrupuleusement conservé et présenté avec une attention méticuleuse à leur fragilité. On y discerne l'ingéniosité des maîtres d'œuvre médiévaux, leurs tâtonnements et leurs triomphes. La statuaire originale de la cathédrale, dont les Vierges sages et folles ou l'Église et la Synagogue, offre une proximité étonnante avec ces chefs-d'œuvre qui, pour des raisons de conservation, ont été remplacés par des copies in situ. La présence d'œuvres de Nicolas Gerhaert de Leyde, avec son Buste d'homme accoudé, ou de peintures de Hans Baldung Grien et de Sébastien Stoskopff, témoigne de la richesse artistique de cette région carrefour. Le parcours se prolonge à travers les vitraux, certains remontant au XIIe siècle, dont le Christ de Wissembourg et un Empereur en majesté, vestige de l'éclat des ateliers alsaciens. Le mobilier, les tapisseries, et même la petite collection d'orfèvrerie, malgré les destructions passées, enrichissent ce tableau. L'on s'attardera sur le jardin gothique reconstitué, conçu par Haug dès 1937, inspiré par Albert le Grand. Ce havre de paix, avec ses plantes médicinales et ornementales, est une méditation sur la relation entre l'homme et la nature au Moyen Âge. Il intègre même une pièce contemporaine, Les Cimetières des naufragés de Ian Hamilton Finlay, posant ainsi une discrète question sur la continuité et la rupture. Ce musée, maintes fois restructuré après les affres de l'histoire, notamment les bombardements de 1944, incarne la résilience d'une institution vouée à la transmission d'un patrimoine d'une richesse et d'une diversité rares.