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Maison Eyrolles

Maison Eyrolles

28 avenue du Président-Wilson, Cachan

L'Envolée de l'Architecte

L'on aborde la Maison Eyrolles, sise sur le campus de l'École spéciale des travaux publics, avec l'expectative d'une certaine solidité, voire d'une austérité que l'ingénieur pourrait affectionner. Pourtant, cette demeure érigée entre 1905 et 1910 par Eugène Robinot pour Léon Eyrolles, fondateur éponyme et bâtisseur de Cachan, réserve, derrière une façade sans éclat démesuré, les discrètes marques d'un art plus ornemental, celui de l'Art nouveau. Une juxtaposition, il faut l'avouer, quelque peu savoureuse entre la vocation éminemment pragmatique de l'institution et une esthétique alors en vogue, célébrant la courbe et le motif organique.Eugène Robinot, architecte dont la postérité n'a pas retenu le nom pour des fulgurances iconoclastes, sut néanmoins traduire la sensibilité de son temps. Léon Eyrolles, figure emblématique de l'ingénierie et de l'édification urbaine, commandita cette résidence pour le directeur de son École spéciale. On peut y voir une forme d'affirmation institutionnelle, où le logement du dirigeant devait refléter non pas l'exubérance mais une dignité certaine, un confort moderne teinté d'une élégance qui plaisait à une bourgeoisie cultivée, soucieuse de modernité sans verser dans l'avant-garde la plus radicale.Les boiseries intérieures, mentionnées comme décorées dans le style Art nouveau, révèlent une attention au détail et un souci de l'ornementation qui contrastent parfois avec la rigueur structurelle que l'on pourrait attendre d'un tel commanditaire. L'Art nouveau, à cette période charnière de la Belle Époque finissante, représentait une rupture élégante avec les académismes et les pastiches historiques, proposant une esthétique organique, souvent inspirée de la nature, avec ses courbes sinueuses, ses motifs floraux, et une intégration des arts décoratifs dans l'ensemble architectural. Il ne s'agit pas ici d'une dialectique dramatique entre le plein et le vide, mais plutôt d'une attention portée à la fluidité des espaces et à la richesse tactile des matériaux, notamment le bois, pour créer un écrin enveloppant.Il est d'ailleurs piquant de noter que la floraison de ces motifs organiques prenait place au sein d'une institution vouée aux 'travaux publics' et à 'l'industrie', domaines où la ligne droite et la fonction pure commençaient déjà à dessiner d'autres horizons. Robinot y injecta cette sensibilité décorative qui, si elle fut rapidement taxée de désuète par les tenants du modernisme ascendant, offrait alors un contrepoint raffiné à l'utilitarisme triomphant. L'inscription de la Maison Eyrolles aux monuments historiques en 1997 confirme, non sans une certaine ironie tardive, sa valeur patrimoniale. Non pas qu'elle figure au panthéon des réalisations les plus iconiques de l'Art nouveau, mais elle incarne avec une sobre élégance le goût d'une époque, la vision d'un fondateur, et la contribution discrète d'un architecte à un courant alors en pleine maturation avant d'être balayé par les prémices d'une esthétique plus épurée.