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Écuries du palais du Rhin

Écuries du palais du Rhin

9, rue du Général-Frère, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du Palais du Rhin à Strasbourg, dont les écuries ne sont qu'une extension fonctionnelle mais non moins significative, relève d'une ambition politique manifeste. Conçu entre 1883 et 1888 par Hermann Eggert, ce quadrilatère de trois niveaux s'inscrit dans un vaste projet de réaménagement urbain, symbolisant l'implantation définitive et ostentatoire du Deuxième Reich allemand dans une Alsace nouvellement conquise. L'ensemble, avec son parc ceint de grilles et ses anciennes écuries, est une illustration caractéristique de l'architecture impériale de la fin du XIXe siècle. Sa volumétrie générale décline un style néo-renaissance germanique, empruntant à l'ordonnancement rigoureux des palais florentins, tel le Palais Pitti, tout en l'adaptant à une lecture plus germanique par l'abondance de la statuaire, le traitement des bossages et l'intégration de loggias. Ce gigantisme fut d'ailleurs l'objet de quelques sarcasmes, l'Empereur Guillaume Ier lui-même ayant qualifié l'édifice de « massif et éléphantesque », une critique qui résonne encore aujourd'hui avec un certain amusement. L'intérieur révélait une hiérarchie des espaces évidente, depuis l'escalier monumental, pièce maîtresse de la circulation verticale, jusqu'aux doubles appartements princiers du rez-de-chaussée. La diversité des fonctions s'y lisait avec clarté : l'aile ouest consacrée aux réceptions, avec une salle à manger pouvant accueillir jusqu'à 350 couverts, contrastait avec des espaces plus intimes. Le salon de l'impératrice offrait une rupture stylistique notable, adoptant un vocabulaire rococo, avec ses murs tendus de soie bleu pâle et son plafond peint, conférant à cet espace une légèreté et une préciosité singulières au sein de la rigueur néo-renaissance ambiante. Le palais était à la pointe de la technologie de l'époque, avec un chauffage à air pulsé et, dès 1902, l'électricité remplaçant le gaz. Les écuries, longtemps considérées comme une annexe pratique, participent pleinement à cette ambition impériale, organisant l'accueil des équipages et des montures avec la même exigence de fonctionnalité et d'ordre. Le parc, véritable écrin, n'était pas en reste, avec ses allées tournantes pour les attelages, ses parterres de gazon et sa collection d'arbres centenaires, ainsi que des éléments archéologiques et des sculptures contemporaines qui témoignent d'une stratification historique et artistique. L'histoire du palais est riche de reconversions, passant de résidence impériale à hôpital militaire, puis à Kommandantur nazie, avant de devenir le quartier général du général Leclerc, qui y rédigea la fameuse proclamation du serment de Koufra. Menacé de destruction dans les années cinquante pour faire place à une tour – un destin hélas trop fréquent pour le patrimoine de l'époque – il fut heureusement sauvé grâce à l'action salutaire de l'association des Amis du Vieux Strasbourg. Si le palais fut classé monument historique en 1993, la reconnaissance patrimoniale des écuries, elles-mêmes, intervint plus tardivement, en 2009, soulignant l'intérêt grandissant pour l'ensemble des composantes de ces vastes complexes architecturaux impériaux. Elles complètent aujourd'hui, avec le palais qui accueille la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin et la DRAC, un témoignage éloquent de la complexité historique et architecturale de Strasbourg.