7-9 rue Madame-de-Sévigné, Paris 4e
L'Hôtel de Chavigny, sis au 9, rue de Sévigné, est moins un édifice monolithique qu'une stratification architecturale, un palimpseste urbain qui révèle les mutations successives des ambitions et des goûts parisiens. Son histoire, s'étalant du XIIIe siècle à nos jours, est celle d'une perpétuelle redéfinition. Initialement, vers 1265, un ensemble défensif ancré dans le tissu médiéval de Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis, il se trouve alors adossé à l'enceinte de Philippe-Auguste, conférant à ses premières itérations une robustesse certaine, à défaut d'une réelle magnificence. Sa propriété fluctuera entre ecclésiastiques et grands seigneurs – le cardinal Jean Balue, Antoine Sanguin de Meudon – chaque passage laissant son empreinte, sa dénomination éphémère d'«hôtel d'Évreux» ou d'«hôtel de Meudon» ne parvenant pas à masquer la continuité d'un lieu en constante réinterprétation. C'est en 1635 que l'édifice acquiert une part significative de sa physionomie classique, sous l'égide de Léon Bouthillier de Chavigny et, surtout, par l'intervention de François Mansart. L'architecte, avec sa rigueur coutumière, entreprit de réactualiser l'hôtel, n'hésitant pas à défaire le mur de Philippe-Auguste, un geste symbolique d'une époque qui privilégiait l'ordonnancement classique à la réminiscence médiévale. Sa façade sur la seconde cour, achevée vers 1642, en témoigne : une composition en deux niveaux rythmée par des pilastres toscans au rez-de-chaussée et ioniques à l'étage noble, encadrée de pavillons d'angle. Cet ordonnancement, bien que relativement sobre, dénote une volonté d'harmonie et de dignité, caractéristique de la manière de Mansart, qui s'ingéniait à concilier grandeur et fonctionnalité, créant des espaces plus ouverts, plus lumineux, en rupture avec la logique close du château fort. On peut y déceler la dialectique entre un extérieur désormais ouvert sur la cour, et un intérieur où subsiste le raffinement, à l'image du plafond peint du XVIIe siècle aux thèmes des saisons. Les siècles suivants furent marqués par d'autres aménagements. La division du bien, la partie orientale étant remaniée par les architectes Bullet et Gabriel à la fin du XVIIe siècle pour le financier Jacques Poulletier, avec l'adjonction d'un accès cocher sur la rue Sévigné, souligne l'évolution des pratiques sociales et la recherche d'une commodité accrue. L'hôtel connut même une période de faste intellectuel, abritant au milieu du XVIIIe siècle le cabinet de curiosités de Jean-François Le Jeuneux et le salon tenu par sa fille Anne-Louise. Mais, avec une certaine ironie du sort, cet ancien hôtel particulier, symbole de la noblesse d'Ancien Régime, fut converti en 1814 en caserne de pompiers, la première de Paris, suite à l'incendie de l'Ambassade d'Autriche. Une réaffectation pragmatique, mais qui, en assurant la pérennité de la structure, contraste avec le destin de sa partie occidentale, l'Hôtel de la Force, purement et simplement rasée en 1854. L'Hôtel de Chavigny, inscrit aux monuments historiques en 1988, demeure ainsi un témoignage discret, mais éloquent, des superpositions historiques parisiennes et de la capacité de l'architecture à se plier aux nécessités les plus diverses, souvent bien loin de ses intentions originelles.