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Sanctuaire de Trémonteix

Sanctuaire de Trémonteix

Sentier des Gravouses, Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

La découverte fortuite, en 2009, du sanctuaire de Trémonteix, à quelques encablures d'Augustonemetum, actuelle Clermont-Ferrand, offre une illustration éloquente des caprices de l'urbanisme moderne et des énigmes que le sous-sol conserve. Tandis que la majeure partie de la villa romaine à laquelle il était adossé a cédé sa place aux aménagements contemporains, cette fraction cultuelle a été, in extremis, soustraite à l'oubli définitif, érigée en zone verte et dûment inscrite aux Monuments Historiques. Une conservation somme toute remarquable, due moins à une clairvoyance anticipée qu'à la bonne fortune d'un recouvrement sédimentaire significatif, protégeant l'édifice d’une érosion séculaire. Le site, vierge de toute occupation protohistorique, a connu deux phases d'aménagement d’une villa, la seconde, au début du IIIe siècle, intégrant ce double fanum singulier. L'édifice se présente comme un ensemble cultuel à plans centrés, deux temples quasi-jumeaux, à cella unique, blottis dans un péribole, l'un légèrement plus grand que l'autre, séparés par un interstice de quarante centimètres, savamment destiné à l'évacuation des eaux pluviales. L'architecture est révélatrice des pragmatismes de l'époque : des moellons irréguliers assemblés avec des chaînages d'angles en pierres de taille, une maçonnerie robuste, mais non dénuée d'une certaine modestie. Les galeries périphériques, dont seules les portions orientales ont été documentées, suggèrent une ouverture sur l'extérieur : parapets à claire-voie et piliers carrés pour le temple nord, façade nord entièrement ouverte avec des colonnes à facettes pour le temple sud, ces dernières, enduites de blanc, rehaussées d'une fine frise polychrome, témoignant d'une aspiration esthétique certaine. Paradoxalement, cette sophistication formelle n'est pas toujours secondée par une parfaite maîtrise technique, à l'instar des enduits peints du nymphée, privés de la couche hydraulique qui aurait pu les préserver des assauts de l'humidité. Le péribole lui-même déploie un agencement complexe où l'eau est omniprésente. Outre une fontaine d'une facture soignée, alimentée par un astucieux château d'eau captant les eaux du versant, et un nymphée accessible par une rampe, le temple sud abritait en son sein une cella entièrement occupée par un bassin, source d'une eau souterraine canalisée. Cette omniprésence aquatique, corroborée par la découverte de monnaies, suggérant des rituels de *iactatio stipis* (jets d'offrandes monétaires), et de récipients en verre à boire, oriente l'interprétation vers un sanctuaire des eaux. L'évocation d'un épisode bachique sur les fragments d'enduits peints d'une pièce d'apparat, située dans l'angle sud-est du péribole, pourrait tenter d'identifier une divinité tutélaire, mais l'érudition nous rappelle que ces motifs, fort répandus, ne suffisent pas à sceller une attribution définitive. L'ensemble des cuves maçonnées découvertes, dont la fonction agricole demeure incertaine faute de marqueurs biomoléculaires probants pour une activité vinicole ou oléicole, maintient l'ambiguïté du site. Villa domestique d'un riche propriétaire, exploit agricole avec un lieu de culte privé, ou sanctuaire public ouvert aux dévotions locales ? Les archéologues sont enclins à y voir une villa à pavillons multiples alignés, modèle singulier par sa bipartition. Mais l'absence d'une partie résidentielle clairement identifiée et la proximité relative avec Augustonemetum laissent planer un doute tenace sur son statut exact et l'identité de ses commanditaires. L'inscription fugace AENIV[.] découverte parmi les graffites, bien que tentante, ne saurait lever le voile sur les propriétaires de ces lieux, abandonnés à la fin du IVe siècle, puis sommairement réoccupés par un hameau médiéval. Trémonteix, en somme, offre plus de questions que de certitudes, un témoignage fragmentaire d'une époque, magnifiquement conservé dans ses incertitudes.