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Institut Cervantes

Institut Cervantes

11,avenue Marceau, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

La première observation s'impose : l'Institut Cervantes, cette institution dédiée à la propagation de la langue de Castille et des cultures hispaniques, ne se manifeste guère, à en croire le sommaire descriptif fourni, par une architecture unifiée ou un geste monumental qui lui serait propre. L'on pourrait s'attendre à une signature architecturale d'envergure, une expression plastique de cette ambition culturelle pan-globale, à l'instar de certains monuments dédiés à l'art contemporain ou à la mémoire collective. Or, l'on découvre une présence fragmentée, disséminée dans 87 villes, suggérant une intégration au tissu urbain plutôt qu'une imposition formelle. C'est une stratégie pragmatique, sans doute, mais qui interroge la relation entre la vocation d'une institution et son incarnation matérielle. Les adresses mentionnées, notamment celles de Paris — le 7 rue Quentin-Bauchart, puis la bibliothèque Octavio-Paz au 11 avenue Marceau — évoquent plus des réaffectations discrètes de structures existantes que des constructions audacieuses. On imagine aisément des immeubles haussmanniens, dont la dignité bourgeoise a été requalifiée pour des fonctions didactiques et culturelles. Le plein et le vide s'y articulent non pas par le dessin d'une nouvelle façade, mais par l'agencement interne, la capacité des volumes initiaux à contenir les salles de cours et les richesses documentaires du Réseau de Bibliothèques del Instituto Cervantes, dont l'un des volets les plus visibles est sans doute le Centre virtuel Cervantes, démontrant une primauté de l'immatériel sur le bâti. La note sur le centre de Bordeaux, implanté dans l'ultime demeure de Goya, n'est pas sans une certaine ironie historique. Elle confère à ce point d'ancrage une légitimité par le souvenir, par la contiguïté avec une figure tutélaire de l'art espagnol, plutôt que par une quelconque audace constructive. C'est une manière d'absorber l'aura des lieux, de s'y fondre, un stratagème d'intégration qui, pour être efficace, n'en révèle pas moins une certaine prudence, voire une absence d'affirmation architecturale forte. Cette démarche est en somme cohérente avec celle de ses homologues européens, du British Council à l'Institut français et au Goethe-Institut : une architecture de service, en quelque sorte. Le bâtiment n'est pas l'œuvre, mais le contenant de l'œuvre culturelle, le support fonctionnel d'un rayonnement linguistique et culturel. La dialectique intérieur/extérieur se résume alors à une façade souvent anonyme masquant la richesse des activités qui s'y déploient. L'impact de l'Institut Cervantes réside, par conséquent, moins dans la plastique de ses édifices que dans l'efficacité de sa diffusion. Il s'agit d'une architecture de l'institution, pragmatique et dispersée, dont la puissance ne tient pas à la monumentalité, mais à la capillarité. Une leçon, peut-être, sur la prééminence du contenu sur le contenant, du message sur le messager de pierre. Une discrétion qui, à bien y regarder, n'est pas dénuée d'une certaine forme d'élégance dans son refus de l'ostentation.