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Musée Grobet-Labadié

Musée Grobet-Labadié

140 boulevard Longchamp, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

Le bâtiment, érigé en 1873 par l'architecte Gabriel Clauzel pour l'industriel Alexandre Labadié, se dresse comme un témoin singulier de l'ambition bourgeoise marseillaise face à la monumentalité du palais Longchamp. Il ne s'agit pas ici d'une architecture novatrice, mais plutôt d'un hôtel particulier de facture classique, empruntant aux codes de la grande demeure du Second Empire, avec une façade probablement ordonnancée, soulignée par des modénatures et des ouvrants en bois. L'emplacement, soigneusement choisi, confère à cette résidence une visibilité et une dignité urbaine, un geste architectural de positionnement social. L'intérieur, toutefois, révèle une richesse plus intime, celle d'une collection constituée avec une ferveur quasi systématique par Marie et Louis Grobet. Cet amas, plutôt qu'une sélection épurée, de plus de sept mille pièces, témoigne d'un certain éclectisme, parfois dénué de cohérence muséale stricte. Du rez-de-chaussée, avec ses salons d'apparat, jusqu'aux étages dédiés aux collections plus spécialisées, l'aménagement des pièces offre un parcours qui est moins celui d'un musée contemporain que celui d'une demeure figée dans le temps. Les antichambres, salons et boudoirs du rez-de-chaussée, richement dotés de tapisseries d'Aubusson, de faïences de Moustiers et de mobilier d'époque, dépeignent une vie sociale policée et un goût certain pour le faste des siècles passés. On y perçoit l'agencement typique des pièces de réception où chaque objet contribuait à l'affirmation d'un statut. Aux premier et second étages, l'édifice se mue en un écrin pour une accumulation d'objets d'art. La salle des primitifs juxtapose l'ébénisterie du XVIe siècle avec des artefacts orientaux, une disposition qui relève davantage de la curiosité érudite que de la muséographie scientifique. Le cabinet des curiosités, avec ses microscopes et lanternes magiques, est une véritable plongée dans l'esprit du collectionneur du XVIIIe siècle, cherchant à embrasser le monde dans sa diversité. La chambre Louis XV et le salon Louis XVI, recréés avec un mobilier estampillé et des tapisseries illustres, sont moins des reconstitutions historiques rigoureuses que des hommages aux styles de cour, démontrant une capacité d'acquisition remarquable. Le salon de musique, reflet direct de la passion de Louis Grobet, rassemble une impressionnante série d'instruments et une galerie de tableaux dont les noms de Monticelli, Guigou, Ziem, Delacroix résonnent comme autant de signatures prestigieuses, même si certaines attributions peuvent parfois prêter à débat ou à la simple expression d'un goût personnel, parfois loin des avant-gardes. Les matériaux eux-mêmes, du bois doré au marbre, de la marqueterie complexe aux tissus précieux des tapisseries des Gobelins ou d'Aubusson, composent une symphonie de textures et de couleurs qui, si elle fut d'abord privée, est désormais offerte à la contemplation publique. Il est à noter que le passage de cette opulence privée à l'utilité publique ne fut pas sans heurts. Le don de Marie Grobet-Labadié en 1919, bien qu'accepté, révéla une certaine réticence initiale de la ville de Marseille, l'obligeant à financer elle-même une partie des aménagements pour transformer son logis en musée. Ce paradoxe, où le mécène doit encore pallier l'indolence du bénéficiaire, est révélateur des défis de la patrimonialisation. Plus récemment, les fermetures répétées depuis 2013, invoquant un besoin de rénovation mais trahissant un manque chronique de personnel, soulignent la fragilité de ces institutions face aux impératifs budgétaires. Le musée Grobet-Labadié, labellisé et inscrit aux Monuments Historiques, demeure ainsi un monument de l'histoire du goût, un témoignage de la grandeur passée, mais aussi un exemple de la précarité des patrimoines face aux aléas de la gestion publique contemporaine. Son existence est une leçon, tant sur l'architecture d'un certain XIXe siècle que sur la postérité complexe de la générosité privée.