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Hôtel des Cariatides

Hôtel des Cariatides

2 à 8 rue d'Inkermann, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel des Cariatides, édifié à Lille à l'orée du vingtième siècle, offre un exemple éloquent de la convergence architecturale de son époque. Commandé en 1899 aux architectes Albert Baert et Charles Boidin, cet immeuble de rapport fut conçu pour affirmer une certaine prestance urbaine, en un temps où la bourgeoisie industrielle cherchait à matérialiser sa réussite. L'édifice, implanté avec assurance à l'angle de la rue d'Inkermann et de la place de la République, présente une façade où la robustesse des techniques de construction modernes se pare d'un apparat décoratif résolument Beaux-Arts. Cette composition marie une structure vraisemblablement en fer et maçonnerie, permettant de grands percements, à une parure de pierre taillée, exubérante. Le rez-de-chaussée, autrefois occupé par la Grande Brasserie de l’Université, témoignait de la vie publique et commerciale intense qui animait ce quartier. Au-delà de cette vocation utilitaire, la partie supérieure de l'immeuble déploie une ornementation dense et narrative. Deux figures féminines, ces fameuses cariatides, à la poitrine dénudée, soutiennent de leurs épaules un imposant balcon à balustres. L'une, le visage baissé, semble fermer les yeux dans une pose de réclusion pensive, tandis que l'autre fixe l'horizon avec une intensité énigmatique. Un contraste intentionnel, sans doute, destiné à interpeller l'observateur. Ces sculptures, ainsi que les colonnes qui scandent la façade, contribuent à un effet de monumentalité classique, bien que tempéré par des mosaïques incorporant la fleur de lys, un rappel héraldique de l'identité lilloise, inséré avec une certaine ostentation. Le soin apporté à ces détails, loin d'être superflu, participait alors à l'affirmation du standing de l'immeuble et, par extension, de ses occupants. C'est d'ailleurs entre ces murs que l'historien et académicien Alain Decaux vit le jour en 1925, une anecdote qui ancre l'édifice dans la mémoire culturelle de la ville. L'inscription de ses façades et toitures au titre des monuments historiques en 1975 vient, après quelques décennies de discrétion, reconnaître la valeur patrimoniale de cette manifestation architecturale qui, sans révolutionner les codes, les a appliqués avec une conviction certaine.