12 place du Panthéon, Paris 5e
L'édifice qui abrite aujourd'hui, avec une certaine dignité fonctionnelle, les présidences des universités Panthéon-Sorbonne et Panthéon-Assas, ainsi que leurs écoles de droit, s'élève au 12, place du Panthéon, dans un dialogue discret, presque contraint, avec le monument éponyme qu'il jouxte. Conçu par Jacques-Germain Soufflot entre 1771 et 1773, il incarne cette période charnière où l'architecture cherchait une nouvelle rationalité, dénuée des exubérances baroques, et tendant vers un néoclassicisme empreint de gravité et de mesure. Son inscription aux monuments historiques en 1926 valide une valeur qui ne s'impose pas par l'éclat, mais par la pertinence de son propos architectural. L'ordre de Louis XV en 1753 d'ériger une institution pour le droit sur la Montagne Sainte-Geneviève fut une manifestation éloquente de la volonté royale d'ordonner et de professionnaliser la formation des élites. C'est dans le sillage de l'expulsion des jésuites en 1762, libérant l'emplacement du collège de Lisieux, que l'administration, sous l'égide éclairée de Daniel-Charles Trudaine – figure emblématique d'un corps d'ingénieurs et d'administrateurs à l'esprit des Lumières – confia la mission à Soufflot. Ce dernier, déjà engagé dans le colossal chantier de l'église Sainte-Geneviève (futur Panthéon), transposa ici une partie de sa grammaire néoclassique, favorisant une esthétique où la ligne, la proportion et la clarté primaient sur l'ornementation superflue. On imagine une façade sobre en pierre de taille, l'appareillage précis exprimant la rigueur intellectuelle de la discipline enseignée, avec une ordonnance des baies qui assure un équilibre entre plein et vide, conférant à l'ensemble une gravité institutionnelle. L'édifice, ouvert en 1774 et inauguré plus solennellement en 1783, avant les tumultes révolutionnaires, était alors un exemple d'architecture adaptée à sa fonction, une matérialisation de l'esprit des lois naissantes. Une certaine ironie du destin voulut que cette faculté, emblème de l'Ancien Régime éclairé, fût fermée en 1793 avec toutes les structures de l'ancienne Université de Paris. Elle rouvrit ses portes en 1805, non pas sous le signe de Louis XV, mais de Napoléon, à la suite de la promulgation du Code civil. Ce bâtiment, conçu pour les juristes du roi, devint alors le creuset des "écoles modernes de droit" de l'Empire, témoin silencieux d'une mutation politique et juridique radicale. Il est fascinant de constater comment l'enveloppe architecturale, par sa sobriété et son adaptabilité, put traverser de telles ruptures, de la monarchie absolue à l'Empire, puis aux républiques successives, conservant sa vocation première malgré les soubresauts de l'histoire et les partitions universitaires de 1970. L'œuvre de Soufflot à la place du Panthéon n'est pas seulement un monument au Droit ; c'est aussi un monument à la résilience et à la permanence de la fonction sur le faste éphémère.