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Lycée Jules-Ferry

Lycée Jules-Ferry

77 boulevard de Clichy 62-66 rue de Douai, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

Le Lycée Jules-Ferry, sis sur le boulevard de Clichy, se dresse comme un monument éloquent des aspirations de la Troisième République en matière d'instruction publique, mêlant la solidité institutionnelle à des audaces techniques embryonnaires. Œuvre de Pierre Paquet, architecte en chef des monuments historiques – une trajectoire professionnelle qui ne manquait pas d'une certaine ironie, passant du diocésain au républicain – l'édifice s'inscrit pleinement dans les principes hygiénistes de son temps. On y décèle l'ordonnance et la rigueur d'un programme qui visait à forger des esprits sains dans des corps sains, offrant de la lumière et de l'air à une jeunesse féminine que l'on destinait alors à des rôles bien définis. Ces préoccupations, d'une pertinence discutable aujourd'hui, structuraient néanmoins l'esthétique du bâti scolaire de l'époque. L'histoire architecturale de ce lycée est celle d'une métamorphose. Établi sur les vestiges d'un couvent exproprié en vertu des lois de séparation des Églises et de l'État – un sort commun à bien des propriétés ecclésiastiques de l'époque, et dont la chapelle, avant sa démolition, aurait vu passer un certain Pablo Picasso en quête de divertissement cinématographique – le projet initial de Paquet en 1912 combinait des corps de bâtiment en V avec l'ancien couvent. Les ajournements dus à la « crise des inventaires » puis à la Première Guerre mondiale n'entamèrent pas la détermination républicaine. Les frises peintes de Camille Boignard et la ferronnerie d'art d'Émile Robert, qui ponctuent l'intérieur, rappellent une époque où l'art décoratif s'invitait jusque dans les couloirs scolaires, avec une certaine bienséance didactique. C'est durant l'Entre-deux-guerres, face à une démographie scolaire croissante et à la gratuité des études, que le lycée prit sa forme définitive en losange. Les travaux, entrepris avec les crédits du second plan d'outillage national – une manière d'unir l'éducation à la relance économique, non sans une certaine clairvoyance économique – virent l'achèvement d'éléments structurels notoires. La coupole de la salle polyvalente, en briques de verre et ciment armé, en est un exemple frappant. Sa particularité technique, n'étant que posée sur un joint de caoutchouc pour accommoder les dilatations thermiques, témoignait d'une ingéniosité qui relevait, pour l'époque, d'une modernité certaine, et s'inscrivait dans des techniques avant-gardistes comme le système Cottancin, alors à la pointe de l'ingénierie du béton armé. Le beffroi, orné de l'horloge du ferronnier Aldabert Szabo, et le gymnase en toit-terrasse (1935) complètent cette vision d'une architecture fonctionnelle et novatrice, dont l'efficacité primait sur l'ostentation. Le Lycée Jules-Ferry ne fut pas qu'une coquille de pierre ; il fut un creuset. Il accueillit, dès 1917, la première classe préparatoire à l'École centrale pour jeunes filles de France, propulsant des pionnières telles que Sébastienne Guyot, future ingénieure aéronautique. On raconte même que, en 1919, l'élan patriotique des lycéennes, souhaitant offrir un bouquet à Clemenceau après un attentat, fut tel qu'elles collectèrent suffisamment pour lui remettre un stylogramme d'or, qui aurait servi à signer le traité de paix. Une anecdote qui, sans doute, illustre davantage l'exubérance juvénile que le pragmatisme politique d'alors. De l'élite des classes supérieures aux classes intermédiaires, le lycée a reflété les évolutions sociales. De l'enseignement féminin exclusif à la mixité progressive des années 1970, il a suivi les inflexions de la société française avec une constance, sinon une docilité, remarquable. Inscrit depuis 2016 au titre des monuments historiques et labellisé « Patrimoine du XXe siècle », l'édifice, malgré les surélévations contemporaines, conserve cette dignité discrète, presque austère, de l'architecture scolaire républicaine. Il a même servi de décor à diverses productions cinématographiques, témoignant ainsi de sa capacité à incarner un certain esprit français, entre tradition et modernité discrète, loin des envolées grandiloquentes que l'on attendrait peut-être d'autres institutions.