103 à 111 avenue des Champs-Élysées 39 rue de Bassano 12, 14 rue Vernet 62 à 66 rue Galilée, Paris 8e
L'Élysée Palace, érigé à l'aube du XXe siècle sur la prestigieuse avenue des Champs-Élysées, se présente comme un spécimen intrigant des ambitions fin-de-siècle, où le commerce du luxe et l'innovation stylistique se rencontrent avec une certaine audace. Conçu par Georges Chedanne pour la Compagnie des wagons-lits et achevé en 1899, il fut le premier des grands hôtels à ponctuer cette artère emblématique, se positionnant en précurseur. Sa genèse, contemporaine des préparatifs de l'Exposition universelle de 1900, le destinait à capter l'élite mondiale et le flux des voyageurs, se posant, non sans une certaine prétention, comme l'une des premières expressions d'un Art nouveau encore balbutiant dans la capitale, cherchant à rompre avec les canons haussmanniens. La longue façade, ordonnée mais non dénuée d'une certaine exubérance, s'articule par une série de huit ressauts en bow-windows, coiffés de loggias à colonnes, conférant un rythme à la composition. C'est ici que l'Art nouveau déploie son répertoire naturaliste et bucolique, bien que tempéré par une géométrie sous-jacente. Les guirlandes végétales, qui drapent les interstices, ne sont pas sans rappeler une aspiration à l'ornementation organique. Le regard ne peut manquer de s'attarder sur les neuf oculi du rez-de-chaussée, sculptés par des mains expertes telles celles d'Hippolyte Lefèbvre ou de Paul Gasq, où figures d'enfants et de faunes apportent une touche de fantaisie mythologique, presque didactique, annonçant un renouveau formel. Ce qui distinguait l'Élysée Palace, au-delà de son enveloppe, était sa conception intérieure, véritable tour de force pour l'époque. L'hôtel se voulait un microcosme, un centre mondain autonome, organisé autour d'un hall monumental. On y trouvait un éventail de services, du studio photographique à la galerie de tableaux, transformant le lieu en un véritable paquebot terrestre de la vie sociale. Sir John Blundell Maple, responsable de l'ameublement, contribua sans doute à cette atmosphère de luxe confiné. Hélas, ce faste intérieur fut éphémère. Les affres de la Première Guerre mondiale sonnèrent le glas de cette entreprise hôtelière. Racheté par le Crédit Commercial de France en 1922, l'écrin fut vidé de sa substance originelle ; les décors intérieurs, probablement considérés comme des reliques encombrantes d'une époque révolue, furent impitoyablement détruits, ne laissant qu'une enveloppe classée monument historique en 1991. On murmure que ses murs furent témoins de destins contrastés : Gustav Mahler y acheva, malade, son dernier séjour parisien avant de s'éteindre à Vienne en 1911, tandis que quelques années plus tard, en 1917, la chambre 113 accueillait l'arrestation spectaculaire de l'énigmatique espionne Mata-Hari, preuve que ces lieux de passage sont parfois le théâtre d'événements plus palpitants que l'ordinaire des villégiatures. Sa réaffectation successive – du siège bancaire de HSBC, puis propriété qatarie, et désormais en passe de devenir le premier hôtel estampillé Louis Vuitton – témoigne de la résilience du bâti parisien, mais surtout de la primauté accordée à l'emplacement sur la fonction initiale. Le bâtiment, autrefois pionnier de l'Art nouveau hôtelier, se transforme et se plie aux impératifs économiques du moment, naviguant entre le grand capital et le luxe de marque, perdant un peu de son âme originelle à chaque mutation, mais assurant sa survie. C'est le destin, somme toute, assez commun des architectures de prestige, perpétuellement redéfinies par les exigences du marché.