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Mairie annexe

Mairie annexe

26 rue Mouton-Duvernet, Paris 14e

L'Envolée de l'Architecte

La Mairie annexe du 14e arrondissement, sise rue Mouton-Duvernet, n'est pas une fantaisie architecturale, mais plutôt l'expression d'une commande publique pragmatique de l'entre-deux-guerres, inaugurée en 1936. L'œuvre de Georges Sebille, bâtie entre 1934 et 1935, s'inscrit dans ce moment charnière où la modernité peinait à s'affranchir entièrement des codes décoratifs qui avaient marqué l'Art Déco. L'édifice, désormais protégé au titre des monuments historiques, est un témoignage d'une esthétique que l'on pourrait qualifier de 'modernisme tempéré', où la volumétrie reste relativement sobre, mais où la décoration ne déserte pas l'espace public. Son programme fonctionnel, embrassant services municipaux, bibliothèque, conservatoire et salle des fêtes, révèle une ambition polyvalente, caractéristique des équipements de proximité de l'époque. La composition de la façade, épurée dans ses lignes générales, est subtilement animée par des bas-reliefs de Raymond Delamarre, dont la main experte savait conférer à la pierre une certaine monumentalité, sans pour autant sombrer dans l'emphase. Ces ornements sculptés, intégrés à l'épiderme du bâtiment, dialoguent avec le travail de ferronnerie d'art de Raymond Subes, dont les motifs géométriques et stylisés sont emblématiques de l'élégance de cette période. L'articulation entre ces éléments plastiques et la structure elle-même est à observer : il ne s'agit pas d'une simple juxtaposition, mais d'une tentative de synthèse des arts, souvent exigée pour les commandes publiques de l'époque. Le maître-verrier Auguste Labouret, avec ses créations lumineuses, parachève cette parure extérieure. C'est à l'intérieur que cette ambition décorative atteint son apogée, notamment dans la grande salle des fêtes. Ici, la lumière se filtre à travers un vitrail de Louis Barillet, artiste majeur qui a su moderniser l'art du verre sans rompre avec la tradition du figuratif stylisé, offrant une coloration singulière à l'espace. Les murs de cette même salle sont parés de toiles marouflées, œuvres de Robert Poughéon, Jean Despujols et Fernand Hertenberger. Cet ensemble pictural, souvent narratif et allégorique, témoigne d'une approche plus académique de la peinture murale, qui contraste parfois avec la modernité plus audacieuse de Barillet ou les lignes de Subes. Cette cohabitation d'esthétiques, loin d'être anecdotique, illustre les compromis stylistiques et les exigences des commissions artistiques de l'époque, soucieuses d'employer un large éventail d'artistes tout en proposant une image de 'modernité accessible' à la population. L'édifice incarne ainsi une forme de république des arts, mobilisant divers talents pour la mise en scène du service public. Il n'est pas une prouesse technique qui bouscule les codes, mais plutôt une œuvre appliquée, qui par son ambition synthétique et sa qualité d'exécution, mérite l'attention et le respect, d'où sa reconnaissance tardive mais justifiée au patrimoine national. Il demeure une adresse modeste mais significative du savoir-faire artisanal et artistique français de son temps, au service du quotidien citoyen.