1,rue du Docteur-Berger, Sceaux
L'église Saint-Jean-Baptiste de Sceaux, sise avec une certaine discrétion à l'angle de la rue Houdan, n'offre pas le spectacle d'une unité architecturale éclatante, mais plutôt celui d'un palimpseste historique, où chaque strate temporelle a laissé son empreinte, parfois harmonieuse, souvent composite. Commençant sa carrière au XIIe siècle comme une simple chapelle dédiée à Saint Mammès, dépendance alors lointaine de Châtenay, elle accède à la dignité paroissiale en 1203, se plaçant dès lors sous le patronage plus convenu de Saint Jean-Baptiste. Cette mutation initiale annonce une série d'interventions, dictées moins par une vision architecturale unifiée que par les nécessités de l'usage et les aléas de l'histoire locale. L'édifice, agrandi au XVe siècle sous l'impulsion de Jean II Baillet, puis partiellement rebâti en 1545 après les outrages d'un incendie, trouve une part significative de ses proportions actuelles au début du XVIIIe siècle, grâce aux efforts du curé Guy-Louis Baudouin. Ces campagnes successives ont conféré à l'ensemble une patine qui, si elle manque de la pureté des grands monuments, témoigne d'une adaptabilité pragmatique. Un autel du XVIIIe siècle, toujours consacré à Saint Mammès et doté d'un reliquaire offert en 1726 par le duc du Maine – un personnage dont l'influence s'avèrera persistante –, ancre la mémoire de ces origines lointaines, rappelant que même les dédicaces primitives peinent à s'effacer tout à fait. Le cataclysme révolutionnaire, comme il sied à toute institution religieuse française d'une certaine ancienneté, n'épargna pas Sceaux. Transformée en Temple de la Raison, puis de l'Être suprême, elle arbora un temps sur sa façade l'austère injonction : « Le peuple français reconnaît l'être suprême et l'immortalité de l'âme ». Il est assez cocasse de noter que, parmi les diverses fonctions profanes qui lui furent alors assignées – mairie, bureau de bienfaisance, voire raffinerie de salpêtre –, elle échappa, non sans une certaine ironie du sort, à un incendie volontaire qui aurait pu emporter la châsse de Saint Mammès et les archives paroissiales. Une résilience remarquable face à la fureur iconoclaste. Le XIXe et le XXIe siècles ont été marqués par une série ininterrompue de travaux, preuve s'il en est que l'entretien du patrimoine est une tâche sans fin, et souvent une ruche d'activité pour les bureaux d'études. Les restaurations récentes, particulièrement ambitieuses, ont mis au jour les strates archéologiques de l'édifice, révélant des sépultures médiévales et, avec une certaine dignité macabre, le caveau vide du duc et de la duchesse du Maine. L'absence de dépouille aristocratique dans ce lieu pourtant désigné rappelle la précarité des hommages posthumes, même les plus prestigieux. Parmi le mobilier, le groupe sculpté du « Baptême de Jésus par saint Jean-Baptiste » de Jean-Baptiste Tuby, œuvre du XVIIe siècle conçue d'après un dessin de Charles Le Brun pour la chapelle du château ducal, puis transférée à l'église paroissiale, représente une pièce d'une incontestable valeur artistique. Ce déplacement illustre, au-delà de sa qualité intrinsèque, les aléas de la patrimonialisation et la circulation des œuvres entre les sphères privée et publique. Les vitraux, qui comptent quelques éléments du XVIe siècle, sont complétés par les œuvres plus tardives d'Émile Hirsch, dont une représentation de Saint Mammès, martyr domptant le lion, un thème qui clôt la boucle avec les origines de ce lieu de culte. L'orgue, enfin, est un chapitre à lui seul. Cet instrument, dont le buffet élégant et modeste date de la fin du XVIIe siècle, hérite d'une tradition musicale riche, nourrie par la présence de la cour du duc du Maine au château. On se souviendra avec un certain amusement de la prestation du « O filii » de Louis Marchand en 1723, où les princes de Dombes et d'Eu tenaient respectivement le basson et le violon, témoignant d'une éducation musicale que peu de nobles pouvaient alors s'offrir. L'instrument lui-même, rescapé du couvent Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, fut sauvé des affres de la Révolution et des obus de la guerre de 1870, avant de connaître les attentions respectueuses d'Aristide Cavaillé-Coll en 1873, qui le dota de dix jeux dans son buffet modifié. Ses restaurations successives, parfois sous une esthétique néo-classique, attestent d'une volonté constante de le maintenir en vie, jusqu'à sa bénédiction récente en 2023. L'orgue de Sceaux, par son histoire mouvementée et sa vitalité musicale continue, est en lui-même une archive sonore et matérielle, un témoignage éloquent de la persévérance culturelle face aux tumultes des siècles.