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Chapelle des Catéchismes

Chapelle des Catéchismes

29 rue Las-Cases, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

Édifiée à la fin du XIXe siècle, la chapelle de Jésus-Enfant, sise rue Las-Cases, présente un exemple notoire de ce que l'on désignait alors comme le « néogothique anglais ». Un parti-pris esthétique qui, loin d'être anodin, témoigne d'une certaine désinvolture vis-à-vis des traditions architecturales nationales, préférant l'emprunt stylistique à l'invention purement française. Œuvre de l'architecte Hippolyte Destailleur, spécialiste reconnu des restitutions et parfois du pastiche historique — on lui doit d'autres restaurations d'envergure, tel Vaux-le-Vicomte —, cette chapelle, destinée aux catéchismes de la paroisse Sainte-Clotilde, fut érigée entre 1878 et 1881. L'initiative de l'abbé Hamelin de doter ses ouailles d'un tel écrin est en soi révélatrice d'une époque où le revivalisme architectural connaissait ses heures fastes. L'inscription aux monuments historiques en 1979 vient, de surcroît, officialiser sa valeur patrimoniale, au-delà de ses singularités stylistiques. L'intérieur, plus éloquent que son extérieur discret, s'articule autour d'une voûte en berceau brisé, intégralement réalisée en bois polychrome et lambrissée de caissons. Cette technique n'est pas sans évoquer, avec une certaine grandiloquence, l'illustre Westminster Hall. Un choix audacieux pour un édifice de cette taille, conférant à l'espace une chaleur et une texture bien différentes des nervures de pierre habituelles du gothique français. L'usage du bois permet une économie de moyens tout en offrant une richesse ornementale notable. L'abside, quant à elle, concentre un luxe certain : un autel en bronze doré, œuvre de l'orfèvre Jean-Alexandre Chertier, est surmonté d'une vaste composition en céramique signée Gaston Virebent, librement inspirée du Couronnement de la Vierge de Fra Angelico. Cette superposition d'influences et de matériaux dénote une volonté d'exhausser la dévotion par l'artisanat d'art. Au-delà de sa fonction liturgique et pédagogique originelle, la chapelle a vu son destin se croiser avec des événements plus mondains, tel le mariage de Jacques Chirac et Bernadette Chodron de Courcel en 1956, conférant au lieu une singulière notoriété. En 1988, elle s'enrichit d'un orgue Cavaillé-Coll datant de 1830, transplanté du couvent des Carmes-Billettes, un ajout de prestige qui souligne l'intérêt constant pour la valorisation du patrimoine musical. La chapelle de Jésus-Enfant, avec son pastiche assumé, son éclectisme décoratif et son modeste apparat, reste un témoignage éloquent des orientations parfois surprenantes de l'architecture religieuse parisienne du second empire.