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Cathédrale Saint-Louis-et-Saint-Nicolas

Cathédrale Saint-Louis-et-Saint-Nicolas

Rue de l'Église, Choisy-le-Roi

L'Envolée de l'Architecte

L'on ne saurait aborder la cathédrale Saint-Louis-et-Saint-Nicolas de Choisy-le-Roi sans évoquer la singulière modernité de sa conception, émanant du crayon d'Ange-Jacques Gabriel. En cette œuvre, commanditée par Louis XV pour des motifs éminemment pratiques – une église paroissiale jugée trop exiguë et excessivement exposée aux débordements de la Seine – se dessinent les prémices d'un néo-classicisme français épuré, dont la monumentalité n'est pas tant affaire d'ornementation que de rigueur spatiale et de traitement des surfaces. Gabriel, maître d'œuvre royal, y délaisse ostensiblement l'ordre toscan initialement envisagé, offrant une façade à refends et à volutes couronnée d'un fronton, dont la sobriété compose une symphonie de pleins et de vides, ponctuée de niches sur les collatéraux qui attendent, peut-être, de futures effigies. C'est là une démarche audacieuse pour l'époque, privilégiant une monumentalité par l'économie des moyens et la clarté des lignes. Le clocher, curieusement détaché de la nef et limité à deux niveaux, présente une originalité architecturale qui, si elle confère une certaine légèreté à l'ensemble, n'en était pas moins la source de doléances des villageois au XVIIIe siècle, se plaignant d'une portée sonore des cloches jugée insuffisante. L'anecdote, souvent colportée, d'une interdiction royale d'usage des cloches est à nuancer : seul le glas, lors des séjours du monarque, était prohibé, preuve de la prééminence des commodités royales sur les pratiques ecclésiastiques ordinaires. Le chevet, doté d'un toit à la Mansart, dissimule un pavillon d'accès direct depuis les jardins du château, illustrant une fois de plus cette articulation pragmatique entre l'espace sacré et l'intime royal. Un lanternon coiffe la toiture en croupe du vaisseau central, apportant une note verticale à l'horizontale dominant la composition. À l'intérieur, la nef à trois vaisseaux, d'une sobre élégance, confirme le parti pris de Gabriel pour une architecture sans grandiloquence, où la lumière naturelle joue un rôle essentiel. Les statues de Saint Louis et Saint Maurice de Jacques Bousseau, antérieures à l'édifice, y furent placées, et les peintures de Jacques Pauthe père et fils au cul-de-four et dans les chapelles latérales vinrent plus tard, au XIXe siècle, enrichir cet espace. Consacrée en grande pompe par Mgr de Beaumont en 1760, en présence de douze évêques et de la cour, l'église fut néanmoins rudement éprouvée par les caprices de l'Histoire. La Révolution la dépouilla de sa fonction première, la convertissant tour à tour en salle des gardes, tribunal, mairie, commissariat, voire bibliothèque, avant de retrouver sa vocation spirituelle au début du XIXe siècle. Son destin ecclésiastique fut marqué par une brève période en tant que cathédrale du diocèse de Créteil, avant de conserver aujourd'hui un titre honorifique, témoignage d'une grandeur passée et d'une présence architecturale notable dans le paysage francilien.