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Maison Dugas

Maison Dugas

23 rue Juiverie, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'édification de la Maison Dugas, sise au 23 rue Juiverie, témoigne d'une démarche pragmatique et ambitieuse caractéristique du début du XVIIe siècle lyonnais. Née de l'agrégation de plusieurs parcelles médiévales, cette demeure s'offre une largeur de façade peu commune dans le tracé contraint de ce quartier ancien, une audace spatiale qui annonce son programme décoratif. Initiée en 1617 par Jérôme Lentillon, marchand influent, sa finalisation vers 1647 la situe à la charnière de la Renaissance tardive et des prémices du classicisme, période de transition où les formes italiennes commencent à s'infuser d'une certaine rigueur française. Sa façade, d'une pierre grise dont la patine du temps accentue le caractère, est scandée sur cinq niveaux. Elle déploie des bossages d'une veine florentine, soulignant la puissance et le statut de son commanditaire, mais surtout, elle est ostensiblement ornée d'une multitude de têtes de lions sculptées en relief. Ce foisonnement animalier, qui valut à l'édifice son surnom imagé, relève moins d'une stricte symbolique que d'une affirmation ornementale, un goût pour l'abondance qui distinguait alors les fortunes négociantes de Lyon. Au rez-de-chaussée, l'ordonnancement est marqué par des arcades et des meneaux plats, des éléments qui, loin d'être anecdotiques, dessinent un rythme vertical et une composition en façade typiques des années 1600. Une niche d'angle, discrète, abrite une statue mariale, comme un rappel de piété au sein d'une affirmation de richesse. Au-delà de cette façade démonstrative, la cour intérieure révèle une autre facette de l'architecture domestique de l'époque. Elle n'est pas qu'un simple espace de respiration ; elle est une séquence architecturale à part entière. Y trône un puits, élément fonctionnel et esthétique, mais c'est l'escalier qui retient l'attention. Ses volées droites s'élèvent avec une élégance structurelle remarquable, reposant sur des colonnes qui rythment l'ascension. Cette disposition, loin de la spirale médiévale, affirme une rationalité nouvelle dans la circulation verticale, une maîtrise des volumes qui confère à l'ensemble une distinction certaine, lui valant d'ailleurs la réputation d'être l'un des plus raffinés du Vieux Lyon. L'histoire de la maison est parsemée de ces inévitables transferts de propriété. Après les Lentillon, elle fut la possession de familles notoires, dont les Médicis, avant que la famille Dugas ne l'acquière en 1750, lui léguant son appellation courante. Ces successions sont le propre des demeures de prestige, qui traversent les siècles en changeant de mains sans altérer fondamentalement leur stature. Plus pittoresques sont les récits qui l'entourent : la légende d'un trésor juif caché, popularisée par la tradition orale, ou encore l'évocation d'une énigme alchimique liée à Nicolas Flamel et à ces fameuses têtes de lions. Ces fables, au-delà de leur véracité, enracinent l'édifice dans l'imaginaire collectif lyonnais, lui conférant une aura mystérieuse. Sa reconnaissance officielle en 1952, par son inscription partielle au titre des monuments historiques, consacre finalement la valeur patrimoniale de ses façades et toitures, reconnaissant ainsi la Maison Dugas non seulement comme un monument historique, mais aussi comme un fragment éloquent de l'urbanité et de la société lyonnaise du XVIIe siècle.