Voir sur la carte interactive
Église Sainte-Agnès

Église Sainte-Agnès

9 avenue du Général-Leclerc Rue Nordling, Maisons-Alfort

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Sainte-Agnès d'Alfort, souvent parée du sobriquet quelque peu emphatique de Prisme de Lumière ou de Sainte-Chapelle des bords de Marne, se manifeste comme un objet architectural caractéristique de l'ambition des années 1930. Son implantation sur un terrain notoire pour son exiguïté et son enclavement a contraint les architectes, Marc Brillaud de Laujardière, Prix de Rome de surcroît, et Raymond Puthomme, à une géométrie peu conventionnelle. On observe ici une réinterprétation du modèle inauguré par Notre-Dame du Raincy, exploitant les possibilités du béton armé pour sculpter l'espace dans une logique de rationalité et d'économie. La dissymétrie des bas-côtés, inclinés de trente degrés par rapport à la façade principale, ainsi que l'absence notable de parvis et de transept, ne sont pas des caprices stylistiques mais des compromis dictés par l'impératif foncier, conférant à l'édifice une allure singulière. Cette construction s'inscrit pleinement dans le mouvement de reconquête ecclésiastique porté par l'Œuvre des Chantiers du Cardinal, une initiative de l'archevêque de Paris, le Cardinal Verdier, visant à doter les périphéries urbaines de lieux de culte modernes. L'obstination de l'abbé David et le mécénat substantiel de Fernand Moureaux, figure de l'industrie de l'apéritif Suze – qui, dit-on, finança jusqu'à quatre-vingts pour cent de l'opération – permirent une célérité de réalisation assez remarquable, l'ensemble étant édifié en moins d'une année. Cette convergence de volontés spirituelles et de capitaux industriels illustre la pragmatique efficacité de l'époque. L'édifice est une démonstration du style Art déco dans son expression la plus épurée : des formes géométriques, élancées, une sobriété qui répond, avec une certaine pertinence, à l'évocation de la pureté associée à Sainte Agnès. La volonté de créer une œuvre d'art totale est manifeste, le travail des architectes et des artistes s'accordant avec une cohérence méticuleuse. Max Ingrand, maître verrier, y a déployé des baies monumentales où le verre, plus qu'un simple remplissage, devient un vecteur de lumière colorée, créant une atmosphère intérieure distincte. Son épouse, Paule Ingrand, complémente cette symphonie lumineuse par des fresques d'une légèreté et d'une finesse remarquables. Les ferronneries de Richard Desvallières et Raymond Subes, les sculptures de Gabriel Rispal, et les torchères de Jean Serrière, contribuent à forger un ensemble où chaque détail concourt à l'unité stylistique. Le clocher hexagonal, culminant à cinquante-trois mètres, associant le béton et la pierre blanche, assure une présence verticale visible et sonore, grâce à une cloche de sept cents kilos, répondant aux vœux de l'abbé. L'orgue, œuvre de type Cavaillé-Coll, fut dissimulé derrière une façade en cuivre repoussé, illustrant une intégration technologique avancée pour son temps, bien qu'il appelle aujourd'hui à une restauration qui viendrait rappeler la splendeur initiale de cet ensemble, classé Monument Historique depuis 1984.